Le Centre Lesbien, Gai, Bi et Trans de Paris, Île de France, est une structure qui me tient à cœur.

J'ai servi à l'accueil, au bar. J'ai tenté de planifier ces activités. J'ai été co-opté puis élu administrateur.

J'ai participé au départ d'une personne malfaisante - un homme que certains reconnaîtrons. J'ai laissé faire un départ que j'ai regretté.

Je me suis pris pour un des nombrils de l'activité. Je me suis laissé pris par un engrenage où j'avais moi-même coincé le coin de ma chemise.

Cette période de ma vie a été fantastique du point de vue humain et associatif. Ces moments de ma vie n'étaient pas forcément très jolis.

Participer au redressement, faire des coupes drastiques, des choix que l'on peut regretter mais qu'il fallait faire. Abandonner des luttes au profit d'autres non moins importantes.
Assurer la pérennité financière, structurelle. Assurer la sécurité des membres, des usagers, quand le ciel nous tombait sur la tête, tant figurativement que physiquement.
Préparer dossier sur dossier. Enchaîner des nuits blanches, toutes ces choses que la plupart ne voyaient pas. Ne pas en parler - pas pour les cacher, à vrai dire, plus pour protéger les idées, ne pas tendre le bâton pour se faire battre.
Finaliser à la mano des textes. Partir chercher du matériel pour les marches. Forcer ma nature. Pleurer parce qu'elle me gueulait dessus. S'enfoncer dans la dépression que les autres voyaient mais que je me forçais d'ignorer.
Jusqu'à la goutte d'eau qui fit déborder le vase de mon état trop délicat, peut-être, mais... les choses furent ce qu'elles furent.
Ne pas renouveler ce contrat. Faire un chèque que je pensais normal car légal, et dont on me reprocha l'existence.
Perdre deux collègues, l'un au cancer, l'autre au suicide.
Ne plus assumer, ni pour les activités, ni pour le boulot, ni pour la maison. Vouloir dormir et qu'on me laisse en paix.

Rater les dernières mises en œuvre du nouveau projet. Participer juste un peu grâce à mes "talents" de conducteurs (20 ans de permis sans accrochage oblige !)
Essayer de repartir, faire comme si rien ne s'était passé.

Choisir de nouvelles voies, l'une professionnelle, l'autre personnelle. Accorder plus de temps à celui que j'aime. M'accorder plus de temps.

Et me distancier du Centre, comme je distanciais de Paris.

Oh, je passe sous détail de nombreuses choses, des rencontres surtout. Des projets, aussi. Ratés ou réussis. Des personnes soutenues, ou pas. Des associations naissantes ou mourantes. Une vie associative mêlée de politique, intrinsèquement politique.
Focaliser sur les femmes, sur les trans'. Ne pas oublier le VIH et ces autres saloperies qui nous font perdre courage parfois. Santé, culture, accueil. Ne pas participer à nombre d'évènement volontairement ou non... Ah, cette grippe qui me forçait à manquer des réunions d'une semaine cruciale pour le trésorier que j'étais. Avec une Christine qui ne comprenait pas ce que j'essayais de dire - avec 40,5°C de fièvre et Alain qui essayait de lui traduire mes paroles... en rétrospective, un bon souvenir !

Après le ressenti, place au moins subjectif