Cela faisait longtemps que je voulais ré-écrire quelque chose, sur un sujet un peu intelligent.
Je viens de retomber sur un dossier polémique, celui concernant l'utilisation faite par Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, d'un rapport de l'Inserm, cf. ici Trouble des conduites chez l'enfant et l'adolescent - l'Inserm.

Ce document, dont on pourra lire des éléments critiques, ex. ici, voulait déterminer les éléments permettant d'identifier assez tôt chez l'enfant, pré-adolescent, voire très jeune, ce qui pourrait mener à des risques de troubles de la personnalité.
On l'aura compris, ce sujet est potentiellement très choquant. Si on ne regarde pas de plus près, et si on n'utilise comme l'a fait Sarkozy alors, que les éléments les plus contraignants d'un tel texte, on en vient à une vision très sordide de la société.
Or, ce qu'il aurait fallu, à mon avis, dans ce texte, c'était comprendre les éléments d'analyse, et surtout, comprendre ce qu'il sous-tend : la notion de diminution des risques via une politique sociale de prévention, mêlant humanité et compréhension du fonctionnement, et surtout du développement, de la personnalité. La dichotomie classique entre l'Inné ou l'Acquis, là n'est même pas la question, les deux points étant d'ailleurs co-intégrés dans la démarche.

En effet, l'idée ici réside dans une lutte contre la prédétermination. Le principe de la minimisation des risques, tant au niveau de l'individu que de la société, va à l'encontre du principe de précaution. La précaution, c'est éviter tout ce qui pourrait être nuisible, même sous une forme seulement "potentielle" ; la minimisation des risques, c'est estimer que pour le bien de la société comme de l'enfant, on peut prendre des mesures et régit face à elles, sans supprimer pour cela le droit à l'évolution de l'enfant. Grosso-modo, Sarko est un belliqueux qui veut détruire la menace avant même qu'elle n'existe, l'humaniste, lui, regarde la possibilité d'une menace, ne la nie pas, mais essaie de faire en sorte qu'elle n'aboutisse pas - et au cas contraire, qu'elle n'ait que des effets moindres.

Je vous perd, là, peut-être, non ?

En fait, réfléchissons. Sociologues et psychologues nous disent que certains facteurs de risque peuvent, telle une épée de Damoclès, pré-disposer un enfant à être sujet aux troubles de la personnalité. Alors, il convient que tous les intervenants suivent plus délicatement cet enfant, d'une part pour être attentif aux potentiels signes, et d'autre part, pour réduire les risques chez cet enfant. Par exemple, si un bambin de 3 ans est sujet à ce qui se transformerait en dyslexie, il convient de l'aider pour que la dyslexie ne se produise pas - mais encore aura-t-il fallu faire attention à ces signes marquant le début de la dyslexie.

Mais en est-il de même avec des troubles de la personnalité, menant par exemple à la dépression chronique ? Peut-on parler de facteurs indiquant que tel ou tel enfant sera, dans le future, prompt à se transformer en mutin destructeur de voiture et flambeur de la Saint-Sylvestre ? Sans se prononcer directement, il convient malgré tout d’entourer les enfants d'avantage si on sait que des "facteurs à risques" sont présents. L'ennui, évidemment, est ce qu'on appelle un "big brother" potentiel - épier tout signe potentiel, lever tout point discutable et s'en serir comme d'une arme contre l'individu, le citoyen en devenir, plutôt que comme soutient à une pédagogie adaptée. Ou a un suivi social plus proche de la personne et de son environnement.

On en revient, sinon, aux clichés du type "Les cas sociaux se reproduisent entre eux" - heu,oui, ça fait un peu ghetto. Mais s'il s'y sont laissés enfermer, c'est aussi parce que la société elle-même s'en chargeait, et s’accommodait très bien de ne plus voir ces familles à l'abandon. Et là, ce n'est pas une autre histoire, juste le début d'un nouveau cycle infernal - marquer les jeunes, dès leur enfance, comme des individus à risque, c'est aussi les marquer au fer rouge, tels des bagnards. Les laissés pour compte qui de toute façon "ne veulent rien faire" - encore leur en faudrait -il en avoir les moyens. Et, là, se trouve le rôle de l'éducation.

Heu, il aurait mieux valu que je prévois un plan, moi, je me suis un peu perdu dans mes idées... reste que le principe prévaut : prévoir les risques et adapter la pédagogie et l'environnement social sont de bien meilleurs remèdes que l'ultra-sécuritarisme qui, de toute façon, ne fonctionne pas.