Bon, d'accord, j'ai honte de ce jeu de mot. Mais il fallait que je le fasse.
Considérons ce qui a été révélé hier, dimanche 16 mai 2011 : Dominique Strauss-Kahn, DSK, est accusé par une femme de ménage de l'hôtel où il séjournait à New-York. La plainte de cette femme concerne une tentative d'agression sexuelle, de séquestration, de viol, tout cela s'étant théoriquement produit quand ladite dame entrait pour faire lé ménage et que DSK sortait, nu, de sous sa douche pour la brutaliser.
Depuis, quelques informations ont filtré, comme l'oublie/la perte d'un portable sur place, un rendez-vous avec une des filles de DSK et Anne Sinclair, l'arestation dans l'avion en départ pour Paris, un désaccord sur les heures.
DSK interrogé par la police à Harlem, reconnu par sa victime présumée. Une trentaine d'heures, je crois, passée dans ses conditions.
Et puis ces scènes que nous trouvons humiliantes : un homme présumé innocent (en notre sens) présenté avec les menottes aux poings, dans la position la plus réductrice au possible - qu'il soit ou non coupable, tout potentiel criminel est ainsi traité. Cela peut paraître cruel, c'est ainsi fait.
La presse d'outre atlantique, selon qu'il s'agisse de tabloïds (vulgaires feuilles ramasseuses de misère intellectuelle) ou des plus respectables journaux, parle de l'affaire. Les uns ont pris parti contre le directeur du FMI - mais pas vraiment pour l'acte suspecté, pas en défense la potentielle victime. Non, juste contre l'homme, son pouvoir, sa nationalité peut-être. Les seconds sont plus réservés, et d'une certaine manière s'en tiennent à la rigueur - il est supposé innocent, elle est supposée victime, et ce sera de la confrontation de leurs vérités à chacun que l'on pourra se former une idée de ce qui s'est réellement produit.
Reste que, l'image reste, celle d'une femme, victime présumée, qui sort, couverte d'un voile pudique du commissariat où elle a identifié celui qui l'aurait violée ; l'image saturée que je vois comme haineuse, de celui qui aurait commis le crime. Deux poids deux mesures, qui, d'une façon claire, se comprend en ce qui concerne la potentielle victime de viol, beaucoup moins, au moins d'un point de vue français, pour le potentiel criminel.

Ainsi, DSK se trouve emprisonné, sa demande de libération sous caution (1 M$ !) refusée, par peur sans doute d'un phénomène à la Polanski (sauf qu'ici il ne s'agit pas de mineure). Il plaide non coupable, se trouve un avocat qui le défend. Le rôle de cet avocat, c'est de descendre le témoignage de la femme de ménage, de prouver que DSK n'était pas en ces lieux, que les preuves type ADN sont irrecevables (ex : du sperme dans les draps, la belle affaire...). A l'inverse, le travail d'un procureur et d'un avocat de la défenderesse (pas top comme mot), est de montrer le côté perverse de l'homme, sa lubricité bien connue (sans reprendre les termes odieux et diffamatoires du frère du président du conseil constitutionnel), son passé récent comme lointain, etc. pour justifier d'abord son emprisonnement, puis sa condamnation, selon un principe que j’abhorre, qui est celui du cumul des peines, principes à mon avis opposé au droits de l'homme (mais c'est un sujet pour un autre jour).

On cherche des poux à la femme de ménage, on invoque des complots, du racisme/antisémitisme (elle est noire et pauvre, il est juif et riche), que sais-je encore. On rappelle qu'il est coureur de jupon (véridique, pour le coup). Tout cela fait un bien piteux spectacle, vu d'ici.

On dit que l'image de la France en prend un coup - tiens, tiens, ça vient de droite.
On promet à DSK un avenir sombre, même s'il est reconnu innocent. Plus de primaire pour lui. Conséquences politiques et économiques sont discutées ad nauseam avec des experts, des journalistes, des invités surprises (tiens, tiens, Ségolène qui arrive pour dire qu'il ne faut rien dire.
D'autres fustigent amis et famille qui prennent la défense du politicien. Jean-Marie Le Guen, que j'ai rencontré plusieurs fois quand il était "mon" député, défend son ami, parfois, je l'avoue, maladroitement. Mais outre l'aspect politique, ce sont des amis, et donc il est normal qu'ils se soutiennent.
Je rejoins pour ma part certains politiciens, la gauche de la gauche, ou associations, qui rappellent, sans qu'on ait forcément vraiment entendu leurs voix, que la présumée victime doit tout autant recevoir de "compassion médiatique" que le présumé innocent. A nouveau, deux poids, deux mesures, mais cette fois, pour contrebalancer l'opinion médiatique américaine, c'est au bénéfice du politicien français, champion des sondages.

Je me rappelle d'une petite phrase, du type "je ne commenterait pas un procès en cours mais..." bien sûr suivi d'un commentaire ignorant allègrement toute notion de neutralité. C'est véritablement cela qui manque ici, de la neutralité. Et de l'humanité.

Car enfin, quand on regarde ce qu'il se passe, que ce soit le lynchage américain contre DSK, l'oubli manifeste de la personne supposée victime (1), ou des déchaînements hagiographiques ou haineux en France, tout cela me fait dire qu'on a largement mis de côté qu'au cœur de cette affaire se trouvent, in fine, un homme, une femme - et leurs familles, à eux deux.