DSK et présomption d'innoncence ne font pas bon ménage
Par cossaw le lundi 16 mai 2011, 23:33 - Bullshit - Lien permanent
Bon, d'accord, j'ai honte de ce jeu de mot. Mais il fallait que je le
fasse.
Considérons ce qui a été révélé hier, dimanche 16 mai 2011 : Dominique
Strauss-Kahn, DSK, est accusé par une femme de ménage de l'hôtel où il
séjournait à New-York. La plainte de cette femme concerne une tentative
d'agression sexuelle, de séquestration, de viol, tout cela s'étant
théoriquement produit quand ladite dame entrait pour faire lé ménage et que DSK
sortait, nu, de sous sa douche pour la brutaliser.
Depuis, quelques informations ont filtré, comme l'oublie/la perte d'un portable
sur place, un rendez-vous avec une des filles de DSK et Anne Sinclair,
l'arestation dans l'avion en départ pour Paris, un désaccord sur les
heures.
DSK interrogé par la police à Harlem, reconnu par sa victime présumée. Une
trentaine d'heures, je crois, passée dans ses conditions.
Et puis ces scènes que nous trouvons humiliantes : un homme présumé
innocent (en notre sens) présenté avec les menottes aux poings, dans la
position la plus réductrice au possible - qu'il soit ou non coupable, tout
potentiel criminel est ainsi traité. Cela peut paraître cruel, c'est ainsi
fait.
La presse d'outre atlantique, selon qu'il s'agisse de tabloïds (vulgaires
feuilles ramasseuses de misère intellectuelle) ou des plus respectables
journaux, parle de l'affaire. Les uns ont pris parti contre le directeur du FMI
- mais pas vraiment pour l'acte suspecté, pas en défense la potentielle
victime. Non, juste contre l'homme, son pouvoir, sa nationalité peut-être. Les
seconds sont plus réservés, et d'une certaine manière s'en tiennent à la
rigueur - il est supposé innocent, elle est supposée victime, et ce sera de la
confrontation de leurs vérités à chacun que l'on pourra se former une idée de
ce qui s'est réellement produit.
Reste que, l'image reste, celle d'une femme, victime présumée, qui sort,
couverte d'un voile pudique du commissariat où elle a identifié celui qui
l'aurait violée ; l'image saturée que je vois comme haineuse, de celui qui
aurait commis le crime. Deux poids deux mesures, qui, d'une façon claire, se
comprend en ce qui concerne la potentielle victime de viol, beaucoup moins, au
moins d'un point de vue français, pour le potentiel criminel.
Ainsi, DSK se trouve emprisonné, sa demande de libération sous caution (1 M$ !)
refusée, par peur sans doute d'un phénomène à la Polanski (sauf qu'ici il ne
s'agit pas de mineure). Il plaide non coupable, se trouve un avocat qui le
défend. Le rôle de cet avocat, c'est de descendre le témoignage de la femme de
ménage, de prouver que DSK n'était pas en ces lieux, que les preuves type ADN
sont irrecevables (ex : du sperme dans les draps, la belle affaire...). A
l'inverse, le travail d'un procureur et d'un avocat de la défenderesse (pas top
comme mot), est de montrer le côté perverse de l'homme, sa lubricité bien
connue (sans reprendre les termes odieux et diffamatoires du frère du président
du conseil constitutionnel), son passé récent comme lointain, etc. pour
justifier d'abord son emprisonnement, puis sa condamnation, selon un principe
que j’abhorre, qui est celui du cumul des peines, principes à mon avis opposé
au droits de l'homme (mais c'est un sujet pour un autre jour).
On cherche des poux à la femme de ménage, on invoque des complots, du
racisme/antisémitisme (elle est noire et pauvre, il est juif et riche), que
sais-je encore. On rappelle qu'il est coureur de jupon (véridique, pour le
coup). Tout cela fait un bien piteux spectacle, vu d'ici.
On dit que l'image de la France en prend un coup - tiens, tiens, ça vient de
droite.
On promet à DSK un avenir sombre, même s'il est reconnu innocent. Plus de
primaire pour lui. Conséquences politiques et économiques sont discutées ad
nauseam avec des experts, des journalistes, des invités surprises (tiens,
tiens, Ségolène qui arrive pour dire qu'il ne faut rien dire.
D'autres fustigent amis et famille qui prennent la défense du politicien.
Jean-Marie Le Guen, que j'ai rencontré plusieurs fois quand il était "mon"
député, défend son ami, parfois, je l'avoue, maladroitement. Mais outre
l'aspect politique, ce sont des amis, et donc il est normal qu'ils se
soutiennent.
Je rejoins pour ma part certains politiciens, la gauche de la gauche, ou
associations, qui rappellent, sans qu'on ait forcément vraiment entendu leurs
voix, que la présumée victime doit tout autant recevoir de "compassion
médiatique" que le présumé innocent. A nouveau, deux poids, deux mesures, mais
cette fois, pour contrebalancer l'opinion médiatique américaine, c'est au
bénéfice du politicien français, champion des sondages.
Je me rappelle d'une petite phrase, du type "je ne commenterait pas un procès
en cours mais..." bien sûr suivi d'un commentaire ignorant allègrement toute
notion de neutralité. C'est véritablement cela qui manque ici, de la
neutralité. Et de l'humanité.
Car enfin, quand on regarde ce qu'il se passe, que ce soit le lynchage
américain contre DSK, l'oubli manifeste de la personne supposée victime (1), ou
des déchaînements hagiographiques ou haineux en France, tout cela me fait dire
qu'on a largement mis de côté qu'au cœur de cette affaire se trouvent, in fine,
un homme, une femme - et leurs familles, à eux deux.