Trois parties à remplir : l'une concerne l'état civil de Monsieur, l'autre l'état civil de Madame/Mademoiselle et la troisième les moyens d'acquisitions (utilisés pour calculer taxes et autres frais de notaire...).
Franchement, déjà je suis sur les nerfs parce que la lettre faisant un (tout) petit effort au début, finissait dans le ridiculement tragique d'une phrase hétéronormée à fond. Hors du mariage entre un homme et une femme, point de salut pour ces notaires ?

Alors naïvement j'appelle. Et là, manque de bol, la clerc de notaire est absente. La standardiste me dirige vers un collègue qui me dit textuellement "ah, mais là, il n'y a pas de problème, barrez Madame/Mademoiselle et mettez Monsieur". Petites apartés de ma part sur la portée symbolique du truc et l'incohérence grammaticale du papier, où il me dit benoîtement "ah, mais vous savez, nous traitons plus souvent des cas de personnes mariées (*) alors les papiers sont figés", comme si MS Word ne permettez pas de remédier à ce léger problème, mais passons. L'astérisque ? ben ça veut dire sous entendues hétérosexuelles, forcément. Petite mention de ma part lui rappelant que notre couple désirait aussi régler un problème de fond, au delà de la forme qui me déplaisait, lié à notre situation de couple PaCSé depuis 8 ans quand on signera le contrat. En gros, deux choses :

  • les quantièmes de chacun à part égale ne nous vont pas du tout (Alain et d'accord là dessus, je représente les 3/4 de l'acquisition en terme de brouzoufs)
  • le point sur nos conditions d'héritage, en cas de décès prématuré. En gros, il faudra bien qu'on écrive un papier officiel là dessus, ne serait-ce que pour que la famille d'Alain ne mette pas son nez là dedans.

Et là, si ce n'est pas trois c'est au moins quatre fois qu'il me parle de ma femme quand je parle de mon compagnon. Soit il est bouché, soit il est butté. Mais dans les deux cas, ça m'énerve.

Je lui dis rapidement merci d'avoir pris la place de sa collègue absente mais qu'en fait, je préfèrerais continuer avec elle, qui suit notre dossier pour le notaire, parce que j'ai un léger problème de confiance, là, à ce moment là, envers quelqu'un qui ne veut pas comprendre que je suis en couple homosexuel et que donc la personne avec qui je vis est un homme, même si lui ne le comprends apparemment pas.

Il l'a mal pris. Je pense surtout parce que je croyais avoir à faire à un autre clerc et pas à un notaire. Son "appelez moi maître Enfoiros" s'est vu répondre un "appelez moi docteur Picard" dont il n'a pas compris la très légère ironie.



Alors, je ne sais pas pourquoi, mais comme on n'avait encore rien avancé, ben, j'ai décidé, et je pense qu'Alain sera d'accord, de changer d'étude notariale.
Tant pis si c'est celle avec qui travaille l'agence qui nous a permis de trouver l'appartement.

Je pense que beaucoup d'hétéros (sexuels, centrés, normés) (blague de matheux) n'imagine même pas la gêne et l'humiliation au final que leurs pratiques entraînent. Lesbiennes et gays, bisexuels en couple homo, ou transexuelLEs, nous en avons marre de devoir nous conformer à des cases. Cette normativité absolue que certaines administrations, parmi lesquelles le fisc !, ont abandonnée, suivant ainsi l'évolution de la société et des lois, n'est pas comprise par tous. Certains représentants de la loi, et là je parle des notaires, ne serait-ce que dans leur rôle de conseil, ne voit aucun mal à traiter tout le monde de la même façon. Un peu comme si, revenant à des pratiques ancestrales, out le monde devait être blanc de peau, catholique pratiquant et vivant en bon père de famille... dernier point, par ailleurs, disparu des textes de loi grâce à François Mittérand et Badinter si je ne me trompe pas.

Je ne parle plus de symbole mais carrément de désagréments de la vie de "tous les jours". Comme si à chaque fois il nous fallait refaire un coming-out, ou pire, revenir au placard. L'INSEE dans ses statistiques prend-elle en compte les couples PaCSés non hétéros ? Monsieur et Madame peuvent-ils être remplacés par Madame & Madame ou Monsieur & Monsieur ? Fera-t-on disparaître ce Mademoiselle tellement daté qui marque d'un fer rouge une situation désuette (l'équivalent masculin faisant rire, rappelant les films de cape et d'épée). L'allemand l'a bien fait, lui qui ne parle de Fraulein (littéralement petite fille, maladroitement traduit par petite madame dans les films à la con) que pour des jeunes filles mineures. Qu'est-ce que la situation matrimoniale vient faire dans la plupart des cas ?

Dans le nôtre, elle a un rôle évident, puisque nous empruntons en commun à la banque, nous achetons en commun, et ce sous un régime matrimonial (PaCS) qui permet, malgré ses imperfections, de gérer une situation qu'apparemment ce notaire ne pouvait même pas accepter puisqu'il n'arrivait pas à parler d'Alain en terme de Monsieur Petit....