Trente pour cent ?
Par cossaw le vendredi 8 janvier 2010, 18:15 - My eyes are full - Lien permanent
Le récent débat idéologique oppose en apparence deux mondes au sujet de ce
qu'on appelle l'élite de l'enseignement supérieur.
Faut-il forcer, par imposition d'un quota explicite, l'entrée d'élèves
boursiers dans les grandes écoles, et si oui sous quelle conditions ? Avec
d'un côté, les pour, coincés entre d'un côté une ministre qui veut ne pas trop
perdre la face aux prochaines élections régionales et un directeur d'une école
(Science Po Paris) non membre de la conférence des grandes écoles (CGE), et de
l'autre côté la CGE elle-même et très peu de gens il est vrai pour les
soutenir.
Reprenons l'histoire rapidement, et regardons quand même quelques particularités des grandes écoles. On pourra les scinder en trois parties :
- les écoles publiques à destinations (initiales) de la fonction publique : les ENS (Écoles Normales Supérieures), École Polytechnique, "Mines de Paris", "Ponts et chaussées", mais aussi ENSIMAG, etc.
- les écoles publiques à destinations (initiales) du privé : essentiellement les Écoles Centrales et l'Agro Paris Tech, ex INA-PG
- les écoles privées à destinations (initiales) du privé : toutes les écoles de commerce : HEC, ESSEC, des écoles d'ingénieurs (Supélec, par exemple)
Il y a bien sûr des subdivisions possibles, des rafinements (ex : les
élèves des ENS et de Polytechnique sont rémunérés par l'État sous
conditions).
Toutes ces écoles se reposent sur la notion de concours pour sélectionner leurs
élèves, futurs "élites de la nation". Attention, ne nous trompons pas, il
s'agit de concours, pas d'étude de cas sur dossier comme les entrées en Master
2 sélectionnés (anciens DESS et DEA). Je reviendrais peut-être sur cette
différence.
Le problème posé par la non mixité sociale est censé être au cœur des actuels
débats - débat qui résonne comme celui de la place des femmes dans ces mêmes
écoles scientifiques. Tiens, je viens d'écrire le gros mot. Scientifique. Parce
qu'à part les ENS et dans une très moindre mesure les écoles de commerce, ce
sont des titulaires des bac scientifiques (sous diverses formes) qui intègrent
ces formations...
Bref, la non mixité sociale prend plusieurs formes, à partir du moment où on
considère toutes ses composantes : genre, origine ethnico-religieuse,
origine sociale, handicap, voire d'autres qui ne me viennent pas instantanément
à l'esprit. Parce que la stigmatisation du vrai problème se situe à trois
niveaux : justement cette prise en compte globale de la diversité, les
conséquences des formations initiales et, en dernier lieu mais non des moindres
(amplifié par les deux précédentes raisons) : les accès aux formations de
préparation. Le concours en soi est aveugle, du moment que les cartes sont
données de manière équitable. Et voilà le problème : elles ne le sont pas
du tout.
Evitons tout d'abord le problème essentiel de la comparaison avec les amis
d'outre Atlantique : le cas américain, loin d'être aussi joli qu'il y
paraît, ne joue pas dans la cours de la justice sociale mais dans le cadre de
la réparation des problèmes récurrents de la société restée ségrégationniste.
Et j'avoue que si la notre a tendance, au niveau scolaire à e devenir elle
aussi, les bases sont fondamentalement distinctes. Nous essayons par tous les
moyens de forcer un niveau de culture fondamental commun à tous nos
concitoyens, et même si cela relève souvent de gageure, l'objectif établi est
justement de fournir un socle stable et partagé par tous. Or, cela n'est
couramment pas le cas aux USA, et ce pour des raisons souvent liées aux
facteurs économiques, individualistes et, n e nous en cachons pas, racistes. Il
reste extrêmement difficile d'analyser précisément d'où provient l'inégalité
entre les étudiants au niveau d'entrée universitaire mais il reste clair que la
formule de Coluche reste vraie : il est beaucoup plus difficile de réussir
quand on est petit et noir que grand et blanc. Les stratégies adoptées par les
USA est alors menée par deux voies très différentes, certes concourantes, dont
l'une (un système de bourses très développé) me paraît positive et l'autre
moins, malgré son nom (positive action).
Bon, l'image n'est pas aussi jolie que j'aimerais la présenter, mais admettons
que le problème des bourses en France reste une question fondamentale pour bon
nombre de famille, notamment celles qui sont "juste au delà" des pré requis.
L'écart entre deux familles presque similaires, l'une aillant réussi à obtenir
pour son enfant des bourses d'études supérieures, et l'une qui échoue de peu
est énorme. Quand j'étais élève ingénieur, ma dernière année d'étude m'avait
coûté 60 F (bon, dans une école publique), les bourses m'avaient permis de
payer mon loyer bien moins cher, comme mes unités de carte de cantine. Seuls
les polycopiés me coûtaient la même chose qu'à mes camarades. Mon dossier était
passé pour obtenir les bourses, mais les ressources de mes parents n'étaient
que très peu meilleures que celles d'un de mes camarades, qui lui avait galéré
pendant 3 ans là où, relativement parlant, je n'avais eu que quelques "petits
cours" à faire pour me payer mes livres et mon ordi, seule "vraie
dépense".
(suite plus tard :p)