Avec mon père ? Heu, déjà qu'évoquer des "problèmes masculins" (en fait, pourquoi il faut se raser) était pas possible, parler librement (a) de sexualité, (b) d'homosensibilité voire plus était impossible. A part le cours rapide "pour ne pas faire comme lui" (i.e. "devoir se marier parce que bon, voilà") sur la capote, on ne peut pas vraiment dire que j'ai appris grand chose quand j'étais ado de sa part.

Avec mon parrain (et oncle) ? Geek de première catégorie, le sujet était de toute façon tabou, il est hétéro et ce que je pensais s'est vérifié 20 ans plus tard quand j'ai fait mon coming-out, il est très mal à l'aise avec la sexualité en général (mon amour filial réel pour lui m'empêche d'en dire plus, mais cela mériterait un vrai article)

Avec mon frère ? Si j'avais su qu'il prendrait les choses aussi simplement, j'aurais dû lui parler, au moins de certaines choses, pas forcément de tout, bien sûr.

Ce qui manquait, c'était un lieu, des gens, une époque. Ado dans le milieu des années 80 à Metz dans une famille catho, ce n'était pas exactement ni le lieu, ni le moment pour être "ouvert" sur le sujet (homo)sexuel. Le sujet hétérosexuel de base non plus, d'ailleurs, sauf, encore une fois, sur l'aspect "prévention" (ist ou, même si je ne serai jamais concerné, contraception). D'un point de vue formel, s'entend (merci Mlle Noël, ceci dit, malgré tout)

Le problème c'était qu'avec les copains, ce n'était pas non plus le bon milieu. Même si j'avais été hétérosexuel, je n'aurais pas pu parler de sexualité, et pourtant, j'aurais bien voulu. Des choses simples (ah, l'amour) au plus compliquées (ah, l'amour). Mais bon, j'ai encore eu la chance, un peu après mes 16 ans, de trouver par hasard celui qui a osé aller vers moi. C'est une autre histoire.


Enfin, pas si autre quand même. Parce qu'en fait, on était quand même très "cul" entre nous. Mais, de nouveau, sans vraiment d'autres à qui parler. Même si Julien était un peu plus débrouillard que moi. En gros, on était entourés de pédés coincés - pas dans le sens coincé classique, non, pas du tout.
Ah, pour parler cul, oui, mais autre chose, non.
(bon, en aparté, je sais très bien qu'en devenant adulte, j'ai un peu reproduit le même modèle)
L'amour, le couple, la vie à deux, la possibilité de la vie à deux en premier lieu. Etait-ce possible ou devions nous faire comme ces vieux messieurs (vieux = + de 30 ans à l'époque, mon dieu !) et nous marier, avoir des enfants... en gros, le plan de celui dont j'ai parlé dans les deux derniers posts.
Je sais très bien que ce qui m'intéresse avant tout c'est la relation à l'autre, et le sexe est devenu le lien qui permet celle-ci d'une façon, pas de la la seule façon. Evidemment, à 16 ans, on se saute dessus à tout bout de champ (j'exagère, c'était assez difficile, il fallait trouver un lieu propice). A 20 ans, on commence à penser à l' "au delà", à la relation - surtout que de facto, on était déjà en couple depuis 4 ans. On devient jaloux, on souffre quand l'autre décide, ce qui m'est toujours difficile à dire, de sortir avec... une fille pour être normal - donc moi j'étais anormal NB ça n'a pas duré. A 21 ans on se libère du joug familial en arrivant à Paris en banlieue (Châtenay ou Gif), et surtout on connaît les lieux "louches" (pas si louches que ça, maintenant que j'ai pu en visiter d'autres). Mais point de vision sur l'avenir, point de relation. Peut-être que si j'avais lu, connu, osé me rendre dans un lieu accueillant (MAG, Centre Gay et Lesbien de l'époque), les choses auraient été différentes ?
Mais quoi qu'il en soit, on a surtout connu à cette époque le Q, le Q et rien que le Q. A 25 ans, l'école finie, ça aurait pu, ça aurait dû changer. Le destin a été autre. Mais quoi qu'il en soit, toujours pas ces notions de couple, d'avenir à deux.

Il a fallu attendre les 29 ans, et une rencontre si peu probable, pour que cela commence à se réaliser...