De la vie avec des coincés du non cul
Par cossaw le lundi 23 novembre 2009, 23:42 - Me, Myself and I - Lien permanent
Depuis aussi longtemps que je me souvienne, en l'occurrence depuis les
débuts de la pubertés, juste avant l'entrée en 6e voire avant, j'ai été très
attiré par le corps de l'Homme et pas par celui de la Femme (sauf la légitime
curiosité de savoir d'où j'étais né). Mes souvenirs de "messieurs tous nus dans
les vestiaires" sont réels, mais je pense les sentiments que j'ai associé à ces
images fugaces (du fils de ma marraine, notamment), sont autant fantasmatiques
que vécues, plutôt rêvées quand même. Le problème, bien sûr, était que je ne
pouvais pas vraiment en parler.
Avec mon père ? Heu, déjà qu'évoquer des "problèmes masculins" (en
fait, pourquoi il faut se raser) était pas possible, parler librement (a) de
sexualité, (b) d'homosensibilité voire plus était impossible. A part le cours
rapide "pour ne pas faire comme lui"
(i.e. "devoir se marier parce que bon, voilà") sur la capote, on ne
peut pas vraiment dire que j'ai appris grand chose quand j'étais ado de sa
part.
Avec mon parrain (et oncle) ? Geek de première catégorie, le sujet était
de toute façon tabou, il est hétéro et ce que je pensais s'est vérifié 20 ans
plus tard quand j'ai fait mon coming-out, il est très mal à l'aise avec la
sexualité en général (mon amour filial réel pour lui m'empêche d'en dire plus,
mais cela mériterait un vrai article)
Avec mon frère ? Si j'avais su qu'il prendrait les choses aussi
simplement, j'aurais dû lui parler, au moins de certaines choses, pas forcément
de tout, bien sûr.
Ce qui manquait, c'était un lieu, des gens, une époque. Ado dans le milieu des
années 80 à Metz dans une famille catho, ce n'était pas exactement ni le lieu,
ni le moment pour être "ouvert" sur le sujet (homo)sexuel. Le sujet
hétérosexuel de base non plus, d'ailleurs, sauf, encore une fois, sur l'aspect
"prévention" (ist ou, même si je ne serai jamais concerné, contraception). D'un
point de vue formel, s'entend (merci Mlle Noël, ceci dit, malgré tout)
Le problème c'était qu'avec les copains, ce n'était pas non plus le bon milieu.
Même si j'avais été hétérosexuel, je n'aurais pas pu parler de sexualité, et
pourtant, j'aurais bien voulu. Des choses simples (ah, l'amour) au plus
compliquées (ah, l'amour). Mais bon, j'ai encore eu la chance, un peu après mes
16 ans, de trouver par hasard celui qui a osé aller vers moi. C'est une autre
histoire.
Enfin, pas si autre quand même. Parce qu'en fait, on était quand même très
"cul" entre nous. Mais, de nouveau, sans vraiment d'autres à qui parler. Même
si Julien était un peu plus débrouillard que moi. En gros, on était entourés de
pédés coincés - pas dans le sens coincé classique, non, pas du tout.
Ah, pour parler cul, oui, mais autre chose, non.
(bon, en aparté, je sais très bien qu'en devenant adulte, j'ai un peu reproduit
le même modèle)
L'amour, le couple, la vie à deux, la possibilité de la vie à deux en premier
lieu. Etait-ce possible ou devions nous faire comme ces vieux messieurs (vieux
= + de 30 ans à l'époque, mon dieu !) et nous marier, avoir des enfants... en
gros, le plan de celui dont j'ai parlé dans les deux derniers posts.
Je sais très bien que ce qui m'intéresse avant tout c'est la relation à
l'autre, et le sexe est devenu le lien qui permet celle-ci d'une
façon, pas de la la seule façon. Evidemment, à 16 ans, on se saute
dessus à tout bout de champ (j'exagère, c'était assez difficile, il fallait
trouver un lieu propice). A 20 ans, on commence à penser à l' "au delà", à la
relation - surtout que de facto, on était déjà en couple depuis 4 ans. On
devient jaloux, on souffre quand l'autre décide, ce qui m'est toujours
difficile à dire, de sortir avec... une fille pour être normal - donc moi
j'étais anormal NB ça n'a pas duré. A 21 ans on se libère du joug
familial en arrivant à Paris en banlieue (Châtenay ou Gif), et
surtout on connaît les lieux "louches" (pas si louches que ça, maintenant que
j'ai pu en visiter d'autres). Mais point de vision sur l'avenir, point de
relation. Peut-être que si j'avais lu, connu, osé me rendre dans un lieu
accueillant (MAG, Centre Gay et Lesbien de l'époque), les choses auraient été
différentes ?
Mais quoi qu'il en soit, on a surtout connu à cette époque le Q, le Q et rien
que le Q. A 25 ans, l'école finie, ça aurait pu, ça aurait dû changer. Le
destin a été autre. Mais quoi qu'il en soit, toujours pas ces notions de
couple, d'avenir à deux.
Il a fallu attendre les 29 ans, et une rencontre si peu probable, pour que cela
commence à se réaliser...