Vivre un mensonge en toute connaissance de cause ?
Par cossaw le jeudi 12 novembre 2009, 01:05 - LGBT - Lien permanent
Quand nous avions monté l'association Centrale Gay, nous avions vaguement
dans l'idée de faire avancée un milieu pas très homophile vers plus de
reconnaissance, déjà de l'existence des lesbiennes, Gay, Bisexuels et
Transgenres (LGBT) dans la communauté centralienne. Nous savions aussi que la
visibilité de certains d'entre nous, plus ou moins anciens, ou encore élèves,
servirait aussi à ceux qui se "posaient des questions" - ils auraient des
repères, des interlocuteurs, et pas seulement la psy de l'école (bien qu'elle
fût très à l'écoute, j'en sais moi-même quelque chose).
Nous savions aussi que nous serions contactés, et c'était aussi un peu le
but, par des anciens, ouvertement ou pas, homos, essentiellement, quelques
bisexuel(le)s Des trans, aucune trace, je n'en connais pas - ce la ne signifie
évidemment pas qu'il n'y en ait aucun(e).
Ce à quoi je ne m'attendais pas, naif que j'étais, c'était la révélation que
j'ai au fur et à mesure de l'ampleur de trois phénomènes co-existant :
l'homophobie intériorisée (ie d'un homo sur sa propre identité sexuelle),
l'homosexualité refoulée, le poids des conventions (et des familles, religions,
etc.)
Dans des promotions atteignant les 450 élèves ingénieurs (terme local), on peut
se douter qu'il y ait un "certain nombre" d'homosexuels et moins
d'homosexuelles pour des raisons de proportions. Tous les ans, nous avons
droit, via l'implantation locale dans l'association estudiantine, à de
nouvelles histoires, de nouveaux vécus, et nous savons combien il est important
de partager avec ses pairs ce genre de récits afin de les assumer pleinement.
Ce qui est important, toujours, c'est que l'homosexualité de ces jeunes gens
(21 à 24 ans pour les ingénieurs, en gros, plus pour les thésards et autres 3e
cycles), est surtout sentimentalement vécue, avec un retard, dirais-je, par
rapport aux hétéros qui auront vécu cela de 5 à 10 ans auparavant. Cela tend,
heureusement à diminuer.
Je savais, par expérience vécue sur le campus, que pas mal de garçons,
notamment, ne s'affichaient pas homo, et continuaient à sortir avec des filles
ou au moins prétendaient n'avoir aucune vie amoureuse/sexuelle. J'espérais pour
eux qu'ils vivraient ladite vie de la meilleure façon pour eux, sans se mentir
à eux-même, comme d'une certaine façon bon nombre d'entre nous avaient plus ou
moins pu le faire (type "ce n'est qu'une phase").
Et puis il y avait les "cas", les flamboyant, les extravertis, dont
paradoxalement certains n'étaient pas homo ni même bi, juste, ça,
extraverti.
J'ai pris connaissance d'un "problème" quand un camarade m'a expliqué, alors
qu'on était dans le marais "tu sais, si je sors avec ... c'est pour mes
parents". Parents riches, au courant de l'homosexualité de leur fils, mais
qui voulaient qu'il s'affiche avec femme et enfants, ce qu'il
fit, tout en vivant sa vie de riche héritier. Je trouvais ça au début assez
minable... mais compréhensible et finalement respectable ; des adultes
prenant en main, en toute connaissance de cause, leur avenir. Par ailleurs, son
épouse était elle-même lesbienne, et au final, avoir des enfants ainsi était
encore la façon la plus simple. J'ai récemment appris leur divorce à l'amiable
dirons nous.
Je connais aussi ces hommes qui, une fois mariés, pères, se disent qu'ils ont
raté leur vie, plaquent tout, et vivent ce qu'ils savaient être leur "vraie"
orientation depuis le début. Quelle que soit la raison initiale, souvent
familiale, religieuse (l'un d'eux voulait être prêtre), un parcours de telle
ampleur, ne pouvait que pousser à une forme d'admiration, même si les
conséquences étaient, au moins au niveau social, mauvaise, pour user d'un
euphémisme neutre.
J'ai ensuite rencontré, via divers parcours, via l'association ou même mon blog
(la succession des blogs, d'ailleurs), trois hommes qui, vivant avec femme et
enfant, étaient tombés amoureux d'un autre homme, et vivaient ainsi ce qu'un
puritanisme ancien pourrait nous faire nommer une double vie. Les épouses
ignorant a priori la vérité, eux-mêmes ne s'identifiant pas comme homosexuels
pour diverses raisons, pouvaient utiliser la fameuse phrase de Montaigne
parlant de la Boëtie "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Ce soir,
j'ai discuté avec le troisième de ces camarades (au sens large, pas de ma
propre classe, plus âgé en l'occurrence de 10 ans).
"Petit bourgeois", ado à la fin des années 70 début 80, il avait eu des
"aventures sexuelles" sans lendemain avec garçons et filles, sans aller bien
loin selon ses propos. Et puis, chemin faisant, il s'était "maqué" (sic) avec
celle qui est désormais son épouse, elle-même issue d'un milieu bourgeois.
Jamais il ne lui a parlé de ses expériences passées, la peur du Sida étant
alors à son comble, ainsi justifie-t-il son silence. Ils se sont mariés à la
fin des années 80 je crois, et ont eu deux enfants, dont il m'a montré la
photo. Courant 90, il a rencontré un homme via son milieu professionnel,
ouvertement homo, qui lui a plu. Assez vite, ils ont entretenu une liaison
"chaste" qui l'a moins été les années passant. Le collègue est devenu l'amant,
son appartement la deuxième maison. Il le compare aux maîtresses de certains de
ses collègues (c'est courant, dans la banque ?), et se dit qu' "au moins,
avec lui, pas de surprise, pas d'enfant dans le dos" (c'est charmant,
c'est de lui). Évidemment, me dit-il cette boutade lui pèse. Chrétien jusqu'au
bout des ongles, il vit mal ce pêché, entre mensonge permanent et adultère. Il
dit que son épouse, depuis bientôt 20 ans (vingt ans !) ne se
doute de rien, et pour cause, son amant ne lui demande pas de week-end, il ne
lui demande pas de vacances, de cadeaux, que sais-je encore, ils travaillent
ensemble.
Ce soir, il a osé, après plusieurs échanges de mail, me "parler" via MSN, puis
au téléphone. Très jolie voix chaude, avec un pointe d'accent du sud ouest.
Pourquoi parler maintenant, pourquoi à moi ? (la suite plus tard, je sors
le chien)
Commentaires
Il a fini son pipi le chien ? ;-)