Nous savions aussi que nous serions contactés, et c'était aussi un peu le but, par des anciens, ouvertement ou pas, homos, essentiellement, quelques bisexuel(le)s Des trans, aucune trace, je n'en connais pas - ce la ne signifie évidemment pas qu'il n'y en ait aucun(e).

Ce à quoi je ne m'attendais pas, naif que j'étais, c'était la révélation que j'ai au fur et à mesure de l'ampleur de trois phénomènes co-existant : l'homophobie intériorisée (ie d'un homo sur sa propre identité sexuelle), l'homosexualité refoulée, le poids des conventions (et des familles, religions, etc.)

Dans des promotions atteignant les 450 élèves ingénieurs (terme local), on peut se douter qu'il y ait un "certain nombre" d'homosexuels et moins d'homosexuelles pour des raisons de proportions. Tous les ans, nous avons droit, via l'implantation locale dans l'association estudiantine, à de nouvelles histoires, de nouveaux vécus, et nous savons combien il est important de partager avec ses pairs ce genre de récits afin de les assumer pleinement. Ce qui est important, toujours, c'est que l'homosexualité de ces jeunes gens (21 à 24 ans pour les ingénieurs, en gros, plus pour les thésards et autres 3e cycles), est surtout sentimentalement vécue, avec un retard, dirais-je, par rapport aux hétéros qui auront vécu cela de 5 à 10 ans auparavant. Cela tend, heureusement à diminuer.

Je savais, par expérience vécue sur le campus, que pas mal de garçons, notamment, ne s'affichaient pas homo, et continuaient à sortir avec des filles ou au moins prétendaient n'avoir aucune vie amoureuse/sexuelle. J'espérais pour eux qu'ils vivraient ladite vie de la meilleure façon pour eux, sans se mentir à eux-même, comme d'une certaine façon bon nombre d'entre nous avaient plus ou moins pu le faire (type "ce n'est qu'une phase").

Et puis il y avait les "cas", les flamboyant, les extravertis, dont paradoxalement certains n'étaient pas homo ni même bi, juste, ça, extraverti.

J'ai pris connaissance d'un "problème" quand un camarade m'a expliqué, alors qu'on était dans le marais "tu sais, si je sors avec ... c'est pour mes parents". Parents riches, au courant de l'homosexualité de leur fils, mais qui voulaient qu'il s'affiche avec femme et enfants, ce qu'il fit, tout en vivant sa vie de riche héritier. Je trouvais ça au début assez minable... mais compréhensible et finalement respectable ; des adultes prenant en main, en toute connaissance de cause, leur avenir. Par ailleurs, son épouse était elle-même lesbienne, et au final, avoir des enfants ainsi était encore la façon la plus simple. J'ai récemment appris leur divorce à l'amiable dirons nous.

Je connais aussi ces hommes qui, une fois mariés, pères, se disent qu'ils ont raté leur vie, plaquent tout, et vivent ce qu'ils savaient être leur "vraie" orientation depuis le début. Quelle que soit la raison initiale, souvent familiale, religieuse (l'un d'eux voulait être prêtre), un parcours de telle ampleur, ne pouvait que pousser à une forme d'admiration, même si les conséquences étaient, au moins au niveau social, mauvaise, pour user d'un euphémisme neutre.

J'ai ensuite rencontré, via divers parcours, via l'association ou même mon blog (la succession des blogs, d'ailleurs), trois hommes qui, vivant avec femme et enfant, étaient tombés amoureux d'un autre homme, et vivaient ainsi ce qu'un puritanisme ancien pourrait nous faire nommer une double vie. Les épouses ignorant a priori la vérité, eux-mêmes ne s'identifiant pas comme homosexuels pour diverses raisons, pouvaient utiliser la fameuse phrase de Montaigne parlant de la Boëtie "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Ce soir, j'ai discuté avec le troisième de ces camarades (au sens large, pas de ma propre classe, plus âgé en l'occurrence de 10 ans).

"Petit bourgeois", ado à la fin des années 70 début 80, il avait eu des "aventures sexuelles" sans lendemain avec garçons et filles, sans aller bien loin selon ses propos. Et puis, chemin faisant, il s'était "maqué" (sic) avec celle qui est désormais son épouse, elle-même issue d'un milieu bourgeois. Jamais il ne lui a parlé de ses expériences passées, la peur du Sida étant alors à son comble, ainsi justifie-t-il son silence. Ils se sont mariés à la fin des années 80 je crois, et ont eu deux enfants, dont il m'a montré la photo. Courant 90, il a rencontré un homme via son milieu professionnel, ouvertement homo, qui lui a plu. Assez vite, ils ont entretenu une liaison "chaste" qui l'a moins été les années passant. Le collègue est devenu l'amant, son appartement la deuxième maison. Il le compare aux maîtresses de certains de ses collègues (c'est courant, dans la banque ?), et se dit qu' "au moins, avec lui, pas de surprise, pas d'enfant dans le dos" (c'est charmant, c'est de lui). Évidemment, me dit-il cette boutade lui pèse. Chrétien jusqu'au bout des ongles, il vit mal ce pêché, entre mensonge permanent et adultère. Il dit que son épouse, depuis bientôt 20 ans (vingt ans !) ne se doute de rien, et pour cause, son amant ne lui demande pas de week-end, il ne lui demande pas de vacances, de cadeaux, que sais-je encore, ils travaillent ensemble.

Ce soir, il a osé, après plusieurs échanges de mail, me "parler" via MSN, puis au téléphone. Très jolie voix chaude, avec un pointe d'accent du sud ouest. Pourquoi parler maintenant, pourquoi à moi ? (la suite plus tard, je sors le chien)