S. est un garçon arrivé à l'âge de 13 ans chez mes parents. Situation catastrophique s'il en est : il aurait été molesté par le père et le fils de sa précédente famille d'accueil. Molesté est évidemment un euphémisme derrière lequel vous n'imaginez même pas ce qu'il a réussi, en parti, à raconter.
Il est arrivé un soir, en urgence, chez mes parents, prévenus la veille, récupéré par une assistante sociale à la sortie de l'école avec sa sœur, É, elle aussi placée chez mes parents.

Mes parents ont vite compris qu'il avait d'énormes problèmes : kleptomanie, identité sexuelle. Étonnement, peu de problèmes scolaires, j'irai même dire qu'il était très bon dans certains domaines (ses dictées puis ses rédactions étaient très bien rédigées, avec très peu d'erreurs et une syntaxe admirable). Le fait qu'il ait, plus tard, pu intégrer un prestigieux lycée hôtelier montrait combien il se débrouillait (sauf en maths, mais bon...).

Sa kleptomanie et ses problèmes sexuels (ne rentrons pas dans les détails, disons que le tabou ultime, l'inceste, pour lui n'existe pas) sont les conséquences directes de ce qu'il a subit dans sa précédente famille d'accueil. Bien que mes parents ne soient pas trop coincés, ils restent assez prudes, et le choc fut assez grand.

La kleptomanie est plus "simple" à comprendre : privés de tout, S et sa sœur volaient pour se nourrir, et c'est devenu une habitude. Puis un vrai vice. Au début, il volait de la nourriture, sachant que mes parents sont prévoyants, il y a toujours des tonnes de trucs à chipper dans les réserves du sous-sol, du garage, etc. Sans que cela soit grave, il fallait ré-apprendre à ces deux enfants des notions fondamentales, donc on décida de fermer à clef les réserves principales, laissant malgré tout certaines accessibles (ne serait-ce que le stock de bouteilles d'eau et de lait). Si l'histoire s'arrête à peu près là pour la sœur, le frère lui continua. En douce. Tout d'abord pour s'approprier des affaires, lui qui n'avait à vrai dire rien en arrivant. Passionné par la guerre, comme un enfant de la moitié de son âge pouvait l'être, il stockait les jouets. Puis, il commença à piquer dans les caisses de Légo, playmobil et autres les choses brillantes. Jusque là, bien sûr, pas trop grave. On se rendit d'ailleurs à cette époque compte qu'il ne savait pas jouer à des jeux de base, alors on l'y aida.

Quoi qu'il ait volé, S soutenait mordicus que ce n'était pas lui. Que c'était tombé dans sa poche, etc. Il me faisait penser à un kender, sauf qu'au lieu de faire sourire, il aurait plutôt fait de la peine avec ses yeux de chien battu.
%% Bref.

En vieillissant, on se rendit compte qu'il avait des affaires sur lui qu'il n'aurait pas dû avoir : vêtements, outils, et même disques, CD-ROM, etc. L'argent de poche qu'il avait de pouvait qu'expliquer qu'une faible parti de ces objets. Certains avaient clairement été volés à des membres de la famille (notamment, tout ce qui était de l'ordre des cadeaux de labo pharmaceutiques...). Ma mère nota aussi que des livres (essentiellement des mangas) et des jeux vidéos avaient disparus... Prius la main dans le sac, S continuait à nier. On a fini par comprendre, via le conseiller d'éducation du collège, qu'il revendait mes jeux séga et les mangas Dragonball (cette histoire n'est pas récente !) à ses camarades d'école. Il a aussi été arrêté en pleine "visite" des affaires de ses camarades de classe, ce qui, on peut aisément l'imaginer, a fini par le laisser seul au collège...

La pire crise eu lieu lorsque, au lycée hôtelier, il dû faire un stage. Mon parrain (et oncle) M lui avait trouvé un stage chez un de ses clients, restaurateur. qui était d'ailleurs content de S. Il est vrai qu'il était enjoué, serviable, gentil, ne rechignait pas à la tâche... un très bon garçon de salle pour son tout premier stage. Seul ennui, un jour, un client vint demander si on n'avait pas trouver une enveloppe pleine de billet après son départ de déjeuner - elle contenait près de 1200 €, la fameuse enveloppe. Assez vite, les soupçons de vole se tournèrent vers S, qui, du jour au lendemain, avait "découvert" une PSP (qui venait alors de sortir). On réussi à rendre l'argent à la victime, mon frère P allant jusqu'à racheter la PSP lui-même.

De ce jour là, la vie de S changea.

Plus encore, elle changea parce qu'il allait avoir 18 ans, et que bientôt il disparapitrait... mais c'est une autre histoire.