Devenir père ?
Par cossaw le mercredi 25 février 2009, 22:55 - My eyes are full - Lien permanent
J'en ai assez qu'on me pose cette question - et j'en ai assez de répondre la
même question.
%% Non, je ne veux pas devenir père.
Et oui, j'ai déjà été tenté, d'accord, c'est bon.
Pas le meilleur souvenir de ma vie d'adulte, ce truc.
Évidemment, la réponse à la question est de se débiner :
techniquement, ça va pas le faire. Je ne me vois pas être le géniteur
d'un enfant. De quelque façon que ce soit.
Être le père de l'enfant d'une femme hétérote de mes amies, de l'enfant d'un
couple de lesbienne, voire d'un projet parental plus compliqué, non.
Trop de trucs à gérer, et puis de toute façon, je ne me sens pas la
responsabilité.
Et puis bon, l'adoption, je n'expliquerai à personne pourquoi c'est pas
gagné.
Bien sûr, il y a l'argument génétique. Pas vraiment enchanté de refiler mes
quelques tares. Maladies et autres.
Et puis, franchement, vue mon instabilité émotionnelle et psychologique, je ne
suis pas un vrai cadeau. Déjà que je suis difficile à supporter pour mon copain
et mes parents, alors pour un enfant.
En fait, j'ai tellement de trucs en tête qui me disent que je ne serai ni à la
hauteur, ni responsable, que ce n'est même pas la peine d'y penser.
Saurais-je aller au delà de ma vie de célibataire en couple ? Parce qu'il
fait être clair là dessus, même si nous sommes en couple, je me ressent plus
comme un célibataire qui vivrait avec son amoureux que comme un vrai couple
stable qui serait capable d'élever un gamin ou une gamine.
Déjà, vu mon niveau de stress pour des conneries de la vie courante, mon
incapacité grandissante à gérer un budget ou la vie quotidienne... qu'est-ce
que ça serait avec un enfant ?
Bien sûr, l'argument est spécieux - tous les parents sont passés par là et ont
dû s'adapter.
Le problème fondamental est bien celui-là : les nouvelles limites imposée
par un enfant me serait insupportables très vite (en passant sous silence le
lapsus que j'ai failli écrire).
Matériellement, un enfant, ça veut dire un déménagement, ça veut dire une pièce
à elle ou lui.
Ça veut dire une réorganisation du budget. Je sais, vu qu'à nous deux nous
gagnons environ 48k€ net sans compter les bonus, ça devrait pouvoir le faire.
Surtout que connaissant mes parents, l'argent ne serait pas un problème.
Ça veut dire aussi réorganiser son temps, ce qui commence à être un tantinet
plus difficile, même si encore une fois j'ai bien été obligé récemment de le
faire.
Au delà des contingences matérielles, il y a les problèmes de la vie de tous
les jours : je n'ai aucune idée de la façon d'élever un enfant. Même si je
vois bien ce que font les autres autour de moi.
Serais-je prêt à aimer un enfant comme elle ou il en aura besoin ?
Saurais-je rediriger mon égocentrisme sur un p'tit bout d'homme ?
Serais-je prêt à relever le défit de la vie familiale, de la vie en
société ? Serais-je prêt à défendre ma famille de la haine inspirée par
l'homoparentalité ? Saurais-je appliquer mon militantisme ?
Et la question fondamentale : serais-je prêt à accueillir un enfant dans
ma vie, non pas pour satisfaire un désir que j'ai, réellement, bien enfoui,
mais pour elle ou pour lui ?
Comme je suis homo, avoir un enfant, ça signifie le vouloir vraiment, aller au
bout des possibilités. Affronter un nombre croissant de préjugés, de bâtons
dans les roues. C'est vouloir donner de l'amour à un enfant, qu'il soit ou non
chair de ma chair. C'est assumer une filiation, si étonnante soit-elle pour mes
aînés.
Le problème, c'est que je voudrais bien pouvoir être père. J'ai bientôt 36 ans,
et je crains que, non pas qu'il soit trop tard pour engendrer, mais plutôt pour
recréer un lien.
En fait, j'ai peur.