La semaine dernière au Sun City où Alain n'est pas venu (il n'aime plus le Sun, officiellement à cause de la musique trop forte), je suis "tombé" sur F, P, V et L. Pour ces deux derniers, disons que "tomber" n'est pas exactement le mot, vu que je voulais les voir, et, heu, enfin, vous voyez. C'était quand même pour ça que j'étais venu là.

Bref.

Je suis aussi tombé sur un garçon qui m'a un peu tenu la jambe et pour lequel j'ai ressorti ma panoplie de gentil militant du centre LGBT qui écoute les gens. Enfin, panoplie n'est aps le bon terme vu que j'étais à poil dans la piscine, mais qu'importe.
Bon, il me plaisait aussi beaucoup, j'ai un faible pour les rasperry blond anglosaxons. Américain en l'occurence.

Ca a commencé par un I like France, there are so many uncut hairy guys... d'accord, forcément, moi aussi je suis uncut et quand je suis mouillé, ça se voit que je suis hairy. Faut quand mêm dire que le 2nd samedi du mois, c'est journée bears, donc... bref.
On sympathise, je lui demande d'où il vient, il me demande si je suis français, je rougis et balbutie, I come from Lorraine, et il sait où c'est, apparemment il est en Sarre en fait d'un père militaire stationné de l'autre côté de la frontière germano-française, du côté de Forbach... et là je lui dit que ma grand-mère maternelle vient de là (Öting pour être plus précis). Il est âgé d'une bonne quarantaine d'année, j'estime. Gagné, 45. 10 de plus que moi (ce qui n'est évidemment pas pour me déplaire, mais passons).

Il me dit aussi que c'est la première fois qu'il retourne dans un sauna depuis... et là il s'arrête. ET reprend.
Since the internment. Heu, internement psychiatrique ? Oui. Mais pas ce que je crois. C'est un ex-ex-gay.

Là, on a quitté le sauna et on est allé boire un verre - au centre LGBT, c'est juste à côté.
J'apprends qu'il parle français, et pas mal du tout. Comme il veut pratiquer la langue, je discute avec lui en français.
Je savais que ça existait, les ex-gays et les ex-ex-gays, malheureusement, mais bon en voilà là en face de moi. Je ne joue pas les psychologue, juste le curieux, je l'avoue.

Il m'explique qu'il y était rentré de sa propre volonté, dans le camps, qui a duré près de 3 ans. Il se sentait mal, déprimé, rejeté par sa famille et sa profession (militaire donc). OK.
Il a passé treize ans à se renier, après trois ans de thérapie. Il s'est marié. Il a eu trois enfants. A été lieutenant, puis quand il a été promu capitaine, il a dû virer un sergent gay qui taillait des pipes aux recrues. Et là, il a commencé à aller mal. Encore plus qu'avant. Parce que l'envie de sexe était toujours là, et qu'elle grandissait. Et plus que le sexe, l'envie d'un partenaire. Parce qu'avec sa femme, c'était l'entente cordial. Rapport deux fois par semaine, gentillesse, amour pour les enfants. Mais il ne ressentait pas grand chose pour elle, juste un sentiment de protection, de vouloir la protéger, celle qui a tant donner sans savoir. Alors il commence à fréquenter les bars, et n'ose rien faire. Puis un soir, il ose. C'est très sexuel, mais ça le rend fou. Il ne rentre pas et ne prévient pas son épouse - si sa caserne, ce qui est pour lui le pire.
Le lendemain matin, c'est les remords, le sentiment d'avoir abandonné ses devoirs. Mais il remet ça, et ne va pas travailler. Il est injoignable, n'ayant pas emporté son portable pour ne pas être "tracé" quand il allait au quartier gay (il est normalement basé près de Londres).
Une semaine passe, et quand il se présente à la caserne, ça va très mal pour lui. Surtout qu'il a pris la décision d'en parler à son colonel. Et là, c'est immédiat. Soit il se fait traiter, soit il est viré.
D'où l'internement. Sauf que pendant l'internement, sa femme et ses gosses repartent pour les Etats-Unis. Il apprend que sa femme demande le divorce. Apparemment, le colonel a eu la bonne idée d'aller tailler la bavette avec la cocue (sic).
Et notre ami de sortir de son internement (volontaire) non pas guéri mais affirmé dans son désir de changer de vie. De divorcer, de quitter l'armée - pas vraiment le choix (DADT).
Et pour se prouver qu'il est bien dans sa tête, il vient à Paris, dans le marais. Ca faisait deux semaines qu'il fréquentait le bears' den et il a vu l'annonce pour cet après-midi au sauna.
Il n'avait apparemment pas eu de rapport sexuel avec quiconque. Il cherche le grand amour. Ou quelqu'un à qui parler. Bingo, je suis là.

Ca m'a retourné. Comme je l'ai emmené au Centre LGBT, j'en ai profité pour demander s'il pourrait voir un des conseillers. Le reste le regarde.

Je dois dire que j'ai sauté quelques détails, notamment sur la "thérapie" qu'il a subie. Thérapie, pour moi c'est plutôt de la torture (mentale, physique, génitale même) qu'on lui a fait subir.
Combien y-en-a-t-il comme lui ?