Récemment, je me suis énervé avec un ami camarade au sujet de la lecture, en classe, de textes plus ou moins connotés.
Racistes, antisémites, etc.
Je n'ai pas trop compris son idée - parce que fondamentalement, on est d'accord sur le caractère antisémite des textes (puis racistes) dont nous parlions, qui dataient de la période d'entre deux guerre.
Là où je vois une nécessité absolue de marquer le temps et l'époque par la connaissance des textes, ici des articles de journaux, lui voit une possible mauvaise réutilisation.
Pour moi, il y a deux facteurs essentiels :

  • quand on lit ces textes, c'est avec des élèves de 3e à Terminale, donc capable de juger - et de voir le danger intrinsèque à ces paroles relatées, à ces textes haineux ;
  • on ne laisse jamais les élèves lire ces textes sans un contexte, justement, et sans préciser qu'ils étaient eux aussi liés à l'avènement du contexte nazi.

Ces textes là avait un goût particulier, parce que lié à la crise de 29, ses répercussions et l'arrivée au pouvoir du partie national socialiste (nazi, donc).
On ne focalise pas sur ces textes, on le cite et on les montre pour bien faire voir que la France d'alors n'était pas idyllique.
Un peu comme Desproges le disait du rire, on ne fait pas lire tout à n'importe qui dans n'importe quel contexte.
On explique, on tisse des liens, qu'on veut explicites, "à propos".
Dans un registre similaire, l'homosexualité peut être abordée, de façon ciblée. De même façon que l'hétérosexualité, la norme étalon.
Quand on fait apprendre à des gamins de 5e le dormeur du val (un de mes poèmes préférés), on ne va pas aller citer la sexualité (bi, homo, qu'importe) de Rimbaud - mais on citera par contre d'une part la commune, et éventuellement le futur de vendeur d'armes d'Arthur, comme contrepoids même asynchrone. Au élèves, on pourra citer le lien homosexuel entre les deux poètes maudits (dixit Verlaine lui-même) si celui ci est utile - comme il est utile d'expliciter le contexte de Mignone, allons voir si la rose de Ronsart.
Mais doit on supprimer un texte, un livre, un film, parce que son sujet est contraire aux "bonnes moeurs" politiquement correcte ? Non absolument pas mais à la condition express que le document s'accompagne d'un commentaire, qu'il soit discuté, qu'on y explicite les problèmes qu'ils véhicule et la haine qu'il soutient.
Je reste persuadé que les luttes contre les discriminations ne peuvent exister si on ne se fonde pas sur le passé - rien ne sert de rester vaseux, rentrons dans le lard du discriminant en exposant ses pensées et ce qu'elles ont de déshumanisant tant pour lui que pour les victimes qu'il présente.