Ce qui me reste de lui
Par cossaw le vendredi 19 septembre 2008, 09:27 - My eyes are full - Lien permanent
Un article dans un journal, un commentaire à la radio.
Je ne sais pas exactement ce qui m'a fait ressortir ce vieux machin.
Cet unique objet.
Je le garde précieusement alors qu'il s'est déjà brisé deux fois.

Après que j'ai jeté la vieille bibliothèque noire Ikéa, seul meuble que nous
avions acheté ensemble, il ne me reste que ça de lui.
Comme je l'écrivais sur mon u-blog, je n'ai plus rien d'autre - ses parents
avaient détruits toute trace de moi quand ils avaient nettoyé son
appartement.
Aujourd'hui, je ne pleurs plus, je n'ai plus de cauchemar. Il me manque
toujours.
Je sais qu'autour de moi, beaucoup d'autres ont perdu leur premier amour et
dans d'autres conditions que moi.
On m'a même dit que moi, au mons, je ne l'avais pas vu mourir. Sous entendu
à petit feu - parce que si, justement, je l'ai vu mourir, renversé par
une voiture. Je ne comprends toujours pas cette colère que j'ai en moi dès que
ces arguments s'affrontent. Ma peine n'est ni moindre, ni plus importante que
celle de ceux qui perdirent leurs amants, leurs compagnons, aux pires heures de
la pandémie. C'est juste différent.
Et intime, donc incomparable, même si au final, nous avons tous ce sentiment
triste, ce goût amer dans la bouche. Ils nous ont quitté trop tôt, trop
jeunes.
Putain, on avait à peine 25 ans. Et ça fait déjà 10 ans, bientôt 11.
La peine ne disparaît pas. Elle ne se tait pas - on y devient sourd. Avoir pu
la partager, avoir pu en parler, à ma famille - ma mère, mon frère, Alain.
Voilà ce qu'il fallait pour qu'elle ne fasse plus parti que de la
mémoire.
Parce que voilà aussi le terrible aspect : le seul objet qui me reste est
ce mug offert au retour de Cambridge par mon copain, premier copain, copain de
toujours. Moins que les objets, les souvenirs eux aussi s'estompent. La
douleur, la joie, l'amour, eux aussi. Reste le sentiment d'avoir aimé et de
savoir que j'ai aimé en retour.
Des flashbacks, c'est à peu près tout ce dont je me souviens. La première fois,
forcément, revient - mais je sais qu'elle n'était ni aussi torride, ni aussi
simple que ce dont mon esprit a gardé trace. Pourquoi cette rencontre sous les
douches d'un lycée où je m'ennuyais reste-t-elle dans ma mémoire ? Ce
n'est pas le vague moment où nous avons échangé quelques contacts physique, ni
même une tentative de baiser sur les lèvres qui reste. C'est le sentiment
d'avoir alors rencontré celui qui pendant 9 ans a partagé mes secrets. LE seul
confident. Celui que les autres amis ignoraient.
J'ai une fois ou deux évoqué son souvenir avec des anciens camarades de lycée.
Ils ne se souviennent pas de lui parce que nous n'étions pas dans les mêmes
classes, juste dans le même lycée. Il est vrai qu'à part les camarades de
classe proprement dit, je saurai mal remettre un nom sur tel ou tel
visage.
Pourquoi dois-je aussi me rappeler de cette trahison, en prépa, quand il était
sorti avec une fille "pour faire comme tout le monde" et avait rompu quelques
temps avec moi ? Peut-être parce que ça met le reste en relief - comme les
galères pour aller le voir le week-end, à Gif sur Yvette ou les rares fois où
il est venu sur le campus de Châtenay.
Je me rappelle de cette fois là, en 2e année, où j'avais réussi à le faire
dormir (hum) dans ma chambre et du gros mensonge que j'avais sorti à celui qui
partageait ma douche.
Ou de cette autre fois, en 3e année, où mon voisin de chambre était venu me
demander quelque chose et que j'avais paru à la porte nu sauf une serviette
convenablement placée tout en soufflant comme un boeuf, rouge d'efforts et de
honte. "non, tu ne me gêne pas, du tout" Il n'avait pas compris le ton
ironique... Ah, ce cher Scotty.
A chaque fois que j'écris sur lui, ça commence mal. Je revois les conditions de
sa mort et de celle de nos deux amis. Je revois ses parents me vouant aux
gémonies parce que je ne pouvais être que coupable de la mort de leur fils. Je
revois un colocataire de Julien m'apprenant que lesdits parents ont tout
détruit de ce qu'il y avait dans sa chambre, y compris mes propres affaires. Et
puis, je me souviens de ces bons moments, de ces rêves qu'on avait fait
ensemble. Je me souviens des fois où on faisait l'amour sans se rendre compte
des dangers. Je me souviens de ses bras autour de mes hanches, les miens autour
des siennes, de nos baisers, de nos rires, de nos chamailleries. Je me souviens
de ce garçon de 16 ans qui m'avait "sauvé la vie" en m'aidant à respirer au
fond de la piscine de Schuman alors que ma bonbonne était vide.
Et je pleurs pour lui, pour moi, et même pour ses parents.
Dire que le chauffard qui les a tués est sorti de prison depuis bien longtemps.
Je ne veux pas savoir, je n'ai pas d'envies vengeresses. J'imagine qu'il a
autant brisé sa vie qu'il a brisé celle de Julien, Eric, Franck et tous ceux
qui les aimaient.
Commentaires
Ce qui te reste de lui, ce sont aussi ces billets émouvants où tu nous parles de lui, où nous ressentons avec toi cette souffrance et cette colère.
Ce soir, j'ai pensé pour lui, pour eux, et pour ceux qui les aimaient.
n'hesitez pas a vous equiper d'un lexique wow, j'ai du maal � comprendre, j'avoue :) en tout cas merci pour ce billlet int�ressant ! c'ets toujours sympathique de paqser sur ce blog :)
f�licitation pour ce topic