J'ai un CV un peu atypique, assez classique, mais atypique.

Certes, j'ai fait une grande école, mais je n'ai pas choisi le parfait chemin tracé par/pour mes pairs. Le fin mot de l'histoire à l'époque était devenez entrepreneur. C'était le moment de la bulle (97), mais ça ne m'intéressait pas. J'avais dans la tête de devenir chercheur, enseignant aussi.

Si j'ai commencé à travailler pour une très grande entreprise française, dont le site de recherche à Clamart m'a accueilli pendant 3 mois, je n'ai pas voulu poursuivre l'expérience chez eux. La RH n'était pas très, comment dire, heureuse. L'entreprise dépendant directement du cours du pétrole et de la situation géopolitique, elle ne désirait pas de thésard. Un ami, polytechnicien qui avait continué par Supélec, mais aussi mes deux camarades de promo, n'ont pas été gardés car ils étaient, "trop formés" et "demandaient trop".

Bref. J'ai pu, par l'intermédiaire d'un professeur que je ne respectait d'ailleurs pas, entrer en contact avec un site d'une grande entreprise française installé à Montrouge et qui cherchait un thésard. Ca tombait bien, Montrouge - Châtenay-Malabry c'était assez rapide en RER B. Le financement étant assuré à moitié, j'ai aussi pu négocier un poste d'assistant d'enseignement/recherche (officiellement, j'étais l'assistant de mon directeur de thèse. Ce qui était au départ une grande idée est vide devenu un lourd boulot ; en effet, la recherche que j'ai effectuée n'avait pas lieu à Montrouge, comme le site de l'entreprise me semblait l'indiquer, mais à Brest. Deux ans et demi d'aller/retour à Brest + deux locations d'apparts. A 4500F/mois de la part de la grande entreprise, ça ne laissait pas grand chose. On a donc dû pallier. J'ai alors travaillé au labo sur deux autres sujets : une méthode de compression physique des données pour la transmission des mpX, avec une PME et un grand groupe français alors en pleine privatisation ; une méthode d'analyse de la qualité des traitements des eaux dans la région Île-de-France. Sur ces deux sujets, j'encadrais... des thésards. En étant moi-même thésard de deuxième année. Et les thésards avaient mon âge au mois près.

Dans la grande entreprise, j'étais le larbin de service. Ils ont vite compris que je n'étais pas aussi servile qu'ils l'auraient voulu. Surtout à 4500F/mois il ne fallait pas qu'ils s'attendent à avoir un ingénieur à temps plein. Ils ont aussi vite compris que les robots, si je les pilotais pas ordinateur, je n'allais pas les construire. Le premier montage électronique que j'ai fait (c'était mon premier depuis le concours de Centrale/Supélec) s'est soldé en du matériel perdu et un oscilloscope à remplacer... Trois ans de régime et en novembre 2000, j'arrête Brest pour commencer en décembre dans une PME parisienne auprès d'un camarade de promo qui cherchait du monde.

Un passage de près deux ans dans une PME, ça a eu du bon. Sauf que c'est là que j'ai recommencé à montrer des signes d’hyperactivité. Ca tombait bien, puisque j’ai travaillé sur des sujets assez variés pendant 2 ans (de la biologie moléculaire à l’optimisation des parcours des éboueurs en passant par les systèmes de détection automatisés d’objets dans des images). Au bout de deux ans, un ras le bol commun m’a fait quitter cette entreprise pour rejoindre le centre de recherche où je travaille depuis décembre 2002. Ce que m’aura permis cette entreprise, c’est de découvrir que j’étais réellement capable de travailler sur des sujets si variés, d’en comprendre les tenants et aboutissants et d’arriver à travailler dessus. Manque de pot, comme c’était une petite structure, il a fallu que je bosse sur les codes aussi bien que sur les concepts. Ca m’a servi pour la suite. D’un point de vue humain, c’est aussi la période où j’ai fait mon coming-out généralisé… et aussi la période où, tous les soirs, je finissais de rédiger mon ‘’manuscrit’’ de thèse.

Là, je suis arrivé dans un service de mathématiques appliquées  - à la finance .

Bon, je voulais changer, mais à ce point, je ne m’en doutais pas.

Premier changement : on m’a laissé du temps pour préparer ma soutenance de thèse, un peu plus d’un mois après mon entrée dans le service. Ce qui fait que j’ai juste soutenu avant d’atteindre les 5 ans… hum. Second changement : la vitesse. Mon plus gros problème dans la PME, c’est que je devais un peu tout faire en même temps mais vite. Or, si j’aime mélanger les genres, je suis plutôt, heu, lent. Cf. la soutenance de thèse. Là, à la R&D, on m’a laissé le temps au début. Le temps d’apprendre le métier, le temps de m’investir. Si j’ai eu un gros passage à vide, j’ai demandé à changer d’assignation. J’ai repris un projet que j’ai entièrement « renégocié » avec le client (qui était celui qui tenait le projet avant moi à la R&D… et que je vais justement remplacer officiellement bientôt). J’ai bossé pendant 2 ans et demi sur ce projet et j’y ai gagné en expérience. Enfin, je crois. Sauf au niveau de la négociation, puisque je suis toujours trop gentil. L’un des points les plus difficiles reste toujours le chiffrage. Par exemple, si je dois moi-même m’occuper d’un code, je sais que je vais aller beaucoup plus vite qu’un collègue qui ne connaît pas la problématique et encore plus vite qu’un prestataire. Il faut donc gérer cet écart. J’ai aussi beaucoup plus appris sur le travail en groupe ces dernières années que précédemment. Parce que, comment dire, gérer des équipes de R&D n’est pas toujours chose aisée. Outre les égos surdimensionnés de ceux qui ne foutent rient (3 mois pour me pondre un code de comparaison caractère par caractères de deux fichiers texte), il y avait la participation à 3 projets sachant que je pilotais le mien et qu’il y avait un chef de projet pour piloter le tout. Ce sont surtout des expériences humaines que j’ai faites – le sentiment d’appartenir à une équipe plus soudée (on est passé, justement, par une phase de désillusion commune avec démissions, mutations, etc. qui était assez horrible à gérer pour mon chef de groupe d’alors devenu depuis chef de département adjoint).

La participation au dernier projet m’a en outre permis, donc, d’intégrer le service où je commence le 1er septembre. En fait, j’y suis à temps partiel depuis mai. C’est autre chose comme service. 10 personnes dans un département, contre 115 là d’où je viens. Ambiance différente aussi parce que passe d’une position de service pour l’entreprise à un rôle de contrôle sur les agissements… en tant qu’analyste je serai chargé de travailler sur les risques financiers en « couple » avec un(e) contrôleur(euse). Je serai aussi, comme je l’ai déjà fait, chargé d’un compte rendu mensuel des risques face auxquels l’entreprise doit se positionner. S’il y a toujours un rôle scientifique (nous participons aux définitions des programmes de recherches et sommes les commanditaires d’un très gros projet), c’est désormais un rôle opérationnel que je vais devoir assurer.

Ca ne fait pas vraiment peur, j’ai surtout peur de me planter…