Idée générale

Tout indique que This Fire part de là où Harbinger s'est arrêté. Du constat de désespoir adolescent débordant sur un espoir de jeune adulte, voilà qu'arrivait la phase énervée de la personnalité - la rébellion, le rejet de ce monde inadapté pour en façonner un meilleur. Le rythme est bien plus enlevé et l'auteure/compositrice prend parfois un malin plaisir à inverser ou retourner ce qu'elle avait abordé dans son précédent opus. 'Tiger est le bon exemple, puisqu'il se met en opposition avec Bethlehem (i've left bethlehem ; i feel free ; i've left the girl i was supposed to be and Someday I'll be born).

This fire continue ainsi l'introspection du 1er album, dans un ton plus vif, mordant, marquant ainsi la fin de cet atmosphère bleak que j'évoquais hier.

This Fire, c'est aussi une ôde à l'amour, amour réel (feelin' love), à venir (I don't want to wait), filial/partenel (Hush, Hush, Hush), lesbien (Carmen), mais aussi conflictuel (Throwing Stones, Nietzsche's eyes, Road to Dead__). Mais si le conflit à son niveau spirituel, religieux, reste comme dans Harbinger, il est aussi porté dans le domaine physique - parce qu'il a su s'exprimer, la femme a su montrer qu'elle était aussi maîtresse de sa destinée. Alors c'est douloureux, à tel point que parfois

Les chansons

  1. "Tiger" : la chanson de la rébellion, la colère, autrement dit le tigre ou le feu des titres de la chanson et de l'album. C'est aussi la chanson de la renaissance, et je ne fais que paraphraser. De jeune fille volontairement timide et qui ne se cachait plus, Paula veut passer, à 26 ans, à l'étape d'après, la femme qui s'assume comme telle.
  2. "Where Have All the Cowboys Gone?" : chanson phare de l'album, résolument tournée vers le monde folk tout en lorgnant vers le pop-rock, ; l s'agit à nouveau des rêves brisés d'une femme qui se voyait déjà au bras d'un beau cowboy, en se limitant à la vie paisible d'une femme au foyer. Elle déchante, et confrontée à sa désillusion, elle se berse dans des souvenirs de jeunesse, de ces cowboys à la John Wayne... cette chanson a été taxée d'anti féministe alors qu'elle est justement le contraire : elle invite les femmes à aller au delà du "rêve" familial, qui ne peut être qu'une prison, fût elle dorée.
  3. "Throwing Stones" : la rébellion face à l'amant omniprésent, imposant sa vérité à sa maîtresse, ne lui laissant plus de liberté. Il a bien changé, l'amant fougueux, aimant, devenu mari. Se retrouvant à la place de sa mère, voilà qu'elle se rebelle (contrairement à celle-ci dans la chanson Happy Home de Harbinger). Elle combat, avec les mêmes armes que celles du mari qui l'a traité de pute. La lapidation, c'est bien sûr une référence à la religion, que l'auteure réfute en bloc parce qu'elle n'est utilisée que pour contrôler la femme alors que le mari peut jouer les paons.
  4. "Carmen" : chanson douce, sensuelle, tendre. Amour, amitié envers une autre femme ? Quoi qu'il en soit, c'est une déclaration d'amour à celle avec laquelle on veut être dans l'instant, il n'y a pas de futur, il n'y a que le now, here.
  5. "Mississippi" : multi facette, cette chanson mouette et langoureuse comme le Mississippi demande à l'autre s'il est prêt à accepter toutes les facettes de soi. Mais ça ne va pas, elle se sent lâchée, elle se noie. Et quand ce ne va plus, les eaux viendront calmer la douleur (ça me fait, forcément penser, à Washing of the Waters de Peter Gabriel sur Us dont Paula assura les coeurs sur scène).
  6. "Nietzsche's Eyes" : la déception face à l'homme qui n'est pas celui qu'il disait, ni celui qu'il devrait, et qui avait tenté d'annéantir celle qui l'aimait. Mais elle s'en est rendue compte, pas comme ses aînées, et elle a dû couper le lien. Mais c'est difficile, car ce n'est qu'à la fin qu'on se rend compte qu' "il" n'est pas l'übermensch qu'il pensait être.
  7. "Road to Dead" : à nouveau ce mélange entre religion et amour/désamour - de façon plus explicite, cette fois. Mais ce n'est plus uniquement la figure du Christ mais celle de la femme qui est centre de la religion. Une opposition entre le patriarcat d'un côté et la liberté d'exister, de penser, de prier que revendique la femme. La religion titille toujours autant Paula (cf. Amen, le troisième disque) mais ici elle est clairement prête à se battre jusqu'au bout, jusqu'à la mort, pour revendiquer ses libertés.
  8. "Me" : c'est l'opposition entre la femme publique et ce qu'elle est réellement. Et ces deux femmes s'affrontent, l'une étant l'ennemie de l'autre. Et pourtant de cet antagonisme naît une logique, un dynamisme. Celui de la personne unique, mélange de ses oppositions intérieures.
  9. "Feelin' Love" : chanson d'amour moite, un peu comme Mississippi quand à la langueur, mais plus sensuel, la chanson d'amur heureux, comme l'était Oh John sur Harbinger.
  10. "Hush, Hush, Hush" : un jeune homme, gay, meurt dans les bras de son père. Sa première relation lui aura été fatale. Ce père, joué par Peter Gabriel, le console, alors qu'il n'est plus qu'un cadavre vivant. Douce chanson, triste mais bienveillante. La fin, en musique, laisse penser que le jeune homme s'est éteint, rassuré d'avoir dit à son père la vérité, réconforté par les prières du père sur un avenir qu'il n'aura plus. Annie Lennox (qui a monté avec Gabriel une association de lutte contre le Sida au nom de la princesse Diana, chose peu connue, cf. son single Sing) a repris cette chanson sur un disque de Herbie Hancock.
  11. "I Don't Want to Wait" : chanson faussement joyeuse, elle raconte comment son grand père est revenu mutilé de la guerre, revenant malgré tout vers femmes et enfants. Et Cole de dire à son grand-père qu'elle, elle n'attendra pas, qu'elle ne sera pas comme ces femmes qui on subit. Pour elle, il faut prier, prier qu'elle ait une vie meilleure - entre amour et paix, plutôt qu'entre absence et guerre.

Next Stop : Amen