Alors que Kate fêtera après demain ses 50 ans, voyons un peu l'album qu'elle sortait pour ses 35 ans.

Le titre de l'album fait référence à un conte de fée d'Andersen et à un film de Michael Powell, qui est clairement plus la référence de Kate Bush que le livre. Les quelques titres influencés de Kate (comme Wuthering Heights, The Wedding List) sont bien plus souvent liés à des films qu'à des livres - même quand lesdits films sont eux-mêmes tirés des livres !

L'album se place, dans la création de Bush, à un niveau personnel très difficile. Elle vient de perdre sa mère chérie, à laquelle elle dédie l'album (et une chanson sur son successeur, Aerial). Elle est en train de rompre avec Del Palmer et se rapproche de David MacIntosh (son compagnon et père de son fils).

Un hiatus de 4 ans sépare The Sensual World de The Red Shoes, ce qui n'a rien d'anormal pour Bush (12 ans séparent TRS de Aerial). Si le précédent album voulait imposer l'image et volonté d'une femme dans un monde d'homme, The Red Shoes laisse un sentiment mélangé, entre le succès, l'échec, la légèreté, la lourdeur. Les collaborations, loin d'être une nouveauté pour Kate, ne sont pas forcément à la hauteur de ses attentes - ou des nôtres. Mixed bag, dans la langue de Shakespear, d'où, étonnemment, sortira l'un des plus grands succès commerciaux de Kate aux Etats Unis...

Musicalement, les morceaux sont décousus, et c'est là la grande faiblesse de l'album. Si quelques uns sont vraiment agréables et mêmes dançants (cf. la remarque sur les Etats Unis), d'autres sont graves, pesant. Les changements de rythmes, par exemple, font parti des techniques employés par Kate depuis des années, mais on ne sait pas troip pourquoi, ceux employé dans la chanson "co écrite" avec Prince (de quelques mois l'aîné de Kate) tombe à plat. Reste l'audace de certains texte, l'idée générale liée au thème principal - et assez lié au film tiré de TRS appelé The Line, The Cross and The Curve. Je reviendrai plus tard là dessus.

Analysons les titres

  • Rubberband Girl : en voyage en Irlande à l'époque de la sortie du 1er single européen, mon frère m'en ramena le CD. Etonnant. Du Kate sans aucun doute, enjoué, drôle. Deux clips, l'un tiré in extenso de TLTC&TC, l'autre reprenant des images du film (dont les paroles de Lindsay Kemp (it's really happening to you). Bon single, même si en fan on regrettera sa simplicité musicale. Mais on ne goûte au plaisir de retrouver Kate que peu souvent, alors... Quelques mois après la sortie en Europe, il sort aux Etats-Unis, en version normale ou remixée. Et pouf, c'est un succès danceflour - numéro 12. Hein, quoi ça ? Bon, vu qu'il est arrivé la même chose à Tori (avec Professional Widow) je ne m'étonne plus, mais quand même. Ce morceau, je ne sais guère l'analyser. Je sais qu'il me plaît, et qu'il plaît aussi à Alain, alors je ne l'analyserai pas vraiment musicalement.
  • And so is love : balade, marquée par l'utilisation d'un guitariste absent. La chanson, triste, sur la nature de l'amour - et des déceptions qui l'accompagnent (déception au sens français, pour le sens anglais, cf. Big Stripley Lie). J'avoue que c'est surtout la voix de Kate que je trouve présente dans cette chanson. Clapton, avec un tout petit peu de jeu, ne sert pas à grand chose si ce n'est la soutenir. Mais... c'est peut être bien là le but, non ?
  • Eat the music : voici la Kate charnelle, sensuelle qu'on aime tous, enjouée à nouveau, qui jouit de la musique comme on jouit des fruits à point. On croît entendre les cigales, on croit sentir la chair des fruits. Le titre le plus varié de l'album musicalement parlant - on entend à la fois les instruments baroques et les voix des amis, dont son fère. Un titre jouissif, donc. Même si ce n'est pas un titre classique de Kate, l'utilsiation des harmonies et des rythmes, entre guitares et percussions, est véritablement un très bon moment.
  • Moments of pleasure : un autre côté de Kate, une vision plaisante, mais jamais mélancolique, du passé : un retour sur les personnes qu'on a aimées, perdues (sa mère, son guitariste Murph par exemple), ou retrouvées autour d'une table ou d'un feu. La chaleur des paroles associée à une voix tout en douceur et à une musique elle-même comme en sourdine, font de ce morceau un petit chef d'oeuvre. L'alternance des couplets et des chorus rend un contraste plaisant. A la limite mélancolique, Kate échange une vision dynamique dans la retenue des sentiments et des souvenirs.
  • The song of Solomon : une concession à la Kate sexuelle plus que sensuelle. La notion de relation est ici au coeur de la chanson - voir la vérité dans la relation amoureuse, voir le lien entre sexualité et amour, et la voir clairement - ne pas mentir, ne pas dire ce qui n'est pas. Ne pas prendre la vessie de l'amour pour la lanterne de la relation sexuelle. Le contrepried de la vision habituelle - comment dire à son amant/sa maîtresse qu'on n'est plus intéressé/e par elle/lui qu'au lit ? Et comment oser dire cela comme un masque pour ses vrais sentiments ? Encore une fois, la musique est très dépouillée, plus proche de la harpe seule avec des arrangements - encore une fois un contrepied à tout ce qu'on pense de la musique ultra-construite et chiadée de Kate.
  • Lily : l'une des peurs fondamentale : celle du manque, celle de la non complétude, et la peur du futur. Outre l'aspect de magie blanche présénté par Lily, une vieille femme un peu sorcière "blanche" (elle invoque les anges) sur les bords, Lily est une chanson base sur la guitare, clairement audible tout au long du morceau. Très "scénarisé" (cf. TLTC&TC à nouveau), Lily peut être considérée aussi au niveau de la transmission de la sagesse, détenue par la vieille dame, à la jeune femme aux questions existentielles à vrai dire un peu niaise (et la voix de Kate le rend bien) I think I've grown a great big hole throught me ou équivalent. Les deux autres thèmes sont le feu et Dieu/les anges - ici le feu n'est pas vu comme arme diabolique mais au contraire le vecteur de la protection divine (dualité vis à vis de The Red Shoes qui précède Lily dans le moyen métrage). Notez que Lily existe vraiment, c'est la dame qui prononce l'invocation de divination et apprend l'invocation des anges au personnage de Kate Bush. Comme The Red Shoes (cf ci-dessous), le rythm des invocations, les tons sont importants, comme dans les ritules magiques - si TRS est plus marqué à ce niveau, Lily permet au moins de faire la différence entre plusieurs appels mgiques : l'appel à la clairevoyance de Lily au début ("oh Thou Who givest sustinance..."), l'appel aux anges protecteurs et guide de Kate ("Gabriel before me, Michael behin me, Raphael to my right, Uriel on my left side, in the circle of fire"), sont bien séparés, par le rythme et l'appel au refrain, des échanges entre Kate et la sage Lily.
  • The Red Shoes : inversé dans l'ordre vis à vis de Lily dans TLTC&TC, The Red Shoes est le coeur de l'album éponyme. Tout le monde connaît l'histoire ? Non, bon alors voici : les chaussons rouges de balerine sont envoûtés pour permettre à celle qui les porte de danser commes les plus grandes ("diva" dit Kate...). Mais à un prix - l'envoutement est malin au sens de diabolique - celles qui les revêt ne peut plus s'empêcher de danser. Dans le film et la chansoin, ces chaussons sont portés par une danseuse (Miranda Richardson) qui propose à Bush de le lui donner, à prix modique : écrire sur trois feuilles de papier une Ligne (le chemin), une Croix (le coeur) et une Courbe (le sourire) - les trois éléments qui permettent de transférer l'envoûtement à une nouvelle victime. Le personnage de Kate devenant alors la victime du personne de Miranda Richardson. Ici, je mélange les aspects de la chanson et du moyen métrage parce qu'ils sont essentiellement liés l'un à l'autre. Outre l'enchanteur que l'on voit, mi humain, mi démon (Lindsay Kemp), les personnages centraux sont la temptatrice et la victime - et c'est autour de ces deux là que se joue l'intrigue à la fois du film et de la chanson. La danse, c'est le dada de Kate Bush, au delà de la musique. On sait que depuis ses débuts elle voulait lier les deux mais s'est très vite rendu comtpe qu'elle ne pouvait pas - extenuée par sa tournée mélangeant les genres, elles décida d'arrêter les représentations, voeu auquel elle se tient toujours. Cela ne l'empêche pas de chorégraphier ses clips, véritables défouloirs pour elle (tout le monde pense à Running up that Hill). Ici, c'est justement la lutte entre la musique, d'une part, et la danse, d'autre part qui est mise en exergue - la musique peut être arrêtée, pas la danse, surtout si elle est aidée par un puissant envoûtement. Et sans exorciste ("call a doctor, call a priest"), point de salut. La musique de TRS est alors primordial, parce qu'elle joue aussi le rôle de l'enchantement - un petit air mutin répété, répété, répété (et plus encore dans la version "remixée" Shoedance en "face B" du single). La musique est ici assez synthétique, mais vivante - suffisamment mixée entre synthétieurs et instruments classiques passés par le mixage. Le rythme, plus particulièrement des paroles, est essentiel : il permet de faire passer le sens de l'enchantement, le ton qui descend, remonte, descend, remonte, fait penser à une hypnose, cachée comme les mains de Richardson dans le film. La duplicité de la temptatrice n'est pas aussi claire que dans le film, cependant, mais l'idée est là : on lui fait enfiler les chaussons enviés (c'est mal, l'envie), on la trahit en ne lui révêlant pas leur secret, et on la lance - la fierté, l'hubris presque (feel your eyes are lifted to God), de la danseuse l'entraîne vers sa perte. La chanson ne s'arrête pas et entraîne la danseuse, prise dans ses res grandioses, vers son malheur... Alternance de lucidité, de rêve de grandeur, le titre se termine en boucle, sans laisser présager de la suite.
  • Top of the City : il est étonnant pour moi d'avouer que je ne me rappelle pas de l'air de cette chanson en dehors des paroles de Kate - je sais qu'il y a de la guitare, par exemple, mais ce que je retiens surtout ce sont les paroles entre le chant et la diction normale. Top of the City, c'est l'histoire d'un couple qui veut échapper au mal, à l'habitude, à l'apparence pour rejoindre le bien, pour arrêter de se faire mal, l'un à l'autre ou à soi même. Je ne sais pas ce qu'il faut faire mais je sais que nous ne devrions pas faire ce que nous faisons : nous ne devrions pas souffrir ainsi, tel est le message. Aller de l'avant certes, mais c'est plutôt la fuite, éperdue, vers un eldorado imaginé - contre une réalité toute en impression (les rues pavées d'or). Et malgré ce sentiment de perte, de fuite en avant, c'est quand même l'espoir qui fait survivre, qui permet d'éviter le mal, les tromperies, le danger.
  • Constellation of the heart : s'il en fallait une, c'est cella là. Je n'aime pas. No comment.
  • Big Stripley Lie : une descriptin de l'enfer, telle est la première impression. On sait, de Kate, que cette chanson est une alégorie face à la traîtrise d'un amant. L'enfer que vit le personnage, c'est celui d'être celle qu'on délaisse pour une autre. Le mensonge, la perte de confiance, les faux bons sentimens "ce n'est pas ta faute/je ne voulais pas te faire mal/je veux t'aider", etc. Kate joue de la guitare (et non du violon) sur ce titre - c'est Nigel Kennedy qui joue du violon (merci Lewis). La dissonance, les rythmes et les instruments amplifient ce sentiment de malaise, de repli sur soi et de rejet de l'autre qui a trahi. Brillant.
  • Why should I love you : au début, on a un petit air médiaval, soutenu par le trio B. La sensualité des mots liée à la douceur des paroles. Et vlan, Prince et tout bascule. Une chanson qui aurait pu être fabuleuse mais qui a dégénré à cause d'un nain.
  • You're the one : la conclusion de tout cela, la chanson de l'être qui, trompée, sait qu'elle continue à aimer celui qu'elle a quitté. Un peu trop de trio B, un peu trop de guitare, sans quoi ce titre aurait, lui aussi, mérité une meilleure estimation. Certains traits, des paroles échangées entre anciens amants, sonnent si vrais "we"re best friend, yeah...". Mais tout ça est gâché par un choix musicial vraiment inapproprié.

Comme on le voit, les titres du début (et Big Stripley Lie) sont mes préférés. Je trouve que les autres sont soit totalement hors propos (Constellation...) ou détruits par de mauvais choix (surtout Why should I...). Je pense vraiment que The Red Shoes est le plus mauvais album de Kate, mais qu'il est sauvé par quelques perles, surtout Eat the Music et Big Stripley Lie, et qu'avec quelques choix différents sur les derniers titres, on aurait pu avoir un album digne de ses prédécesseurs ou d'Aerial !