Cette citation, hors contexte, reste importante.

Qu'y comprend-on ?

Il faut pour comprendre la citation, aller visiter les deux antagonismes unitaires (régner/servir, Enfer/Paradis), considérer l'association des deux antagonismes en une puissante évocation.

Régner vs servir

Serve in Heaven

Ici, on revendique la notion de soumission à autrui si jolie que fut la cage.

Rule in Hell

Là on appelle à la tyrannie, au contrôle d'autrui, et ce dans un cadre moins idyllique.

L'opposition classique aurait pu être entre le triplet

  • thèse : soumission à autrui
  • antithèse : tyrannie imposée aux autres
  • synthèse : libération du joug, quel qu'il soit

De prime abord, on peut y voir la manifestation de la volonté d'indépendance à tout prix, de l'émergence d'une désir l'autodétermination, ou bien encore d'une forme de mise en exergue de la libre pensée. Fare ses propres choix, décider, même si cela signifie abandonner les luxes de la vie. Cela fait-il du protagoniste, Satan décrit par Milton, un Besancenot du XVIIe siècle ? Pas vraiment. A moins, en effet, de préférer à l'exploitation par un Dieu bienveillant mais qui ne laisse aucun libre arbitre, une autre tyrannie, celle du peuple sur le peuple. Mais ce n'est pas tout à fait dans l'air du temps d'alors (quoi que... le livre est publié quelques temps après le 'règne' de Cromwell).

De manière plus générale, peut on considérer qu'il s'agit d'un rejet de l'autorité absolue ? Certains ont cru y déceler une forme de proto anarchisme. Il n'en est rien. La phrase parle bien de souveraineté, donc d'une forme de domination. Il n'est donc pas question de substituer à une domination par autrui une liberté nouvellement acquise mais de la remplacer par celle qu'on pourra infliger soi-même sur les autres.

C'est l'individualisme même du personnage, Satan, qui ressort ici, en même temps que son désir de ne plus être dirigé - au lieu de voir au delà de considérer la possibilité et le droit d'autrui à disposer aussi de son propre destin, il vise surtout à se substituerà Dieu, et à imposer sa vision.

Notez que Satan ne sait que reproduire en négatif ce que Dieu a lui-même fait : il se voit maître de l'Enfer comme Dieu était maître du Paradis, la bénévolence en moins, bien sûr. Bien sûr, il y a là ironie divine : en se rebelant contre Dieu, il ne fait qu'abonder en son sens. A la tête des armées déchues, vouées à la destruction aux temps finaux par Michaël et surtout l'incarnation divine, Jésus, Satan prépare la fin des temps telle que Dieu la veut... ceci allant dans le sens de l'idée avancée par Milton : il n'y a de libre arbitre que s'il est compatible avec le dessein de Dieu. C'est Milton le pamphéltaire qui parle ici (cadre historique de son époque - alternance monarchique).

Mais revenons au sujet (plus tard, pause finie)