Un évènement politique

La marche, c'est le moment de revendiquer les mêmes droits pour les personnes LGBT que pour les autres citoyens. Et de faire comprendre que ce ne sont pas des droits nouveaux, mais simplement des droits acquis pour les personnes non LGBT. Comme le droit de ne pas se faire tabasser, de ne pas se faire huer, voire martyriser.

Ainsi, si le moteur de départ est associatif, le rôle initial est politique, comme il l'était il y aura bientôt 40 ans quand on se remémora l'anniversaire des "émeutes" de Stonewall à New-York.

Donc, on trouvera dans le cortège, surtout au départ, des représentants purement politiques : le maire de Paris, certes homosexuel "notoire", mais surtout notable, le président de la région IdF, des représentants du PS, du PC, des verts, voire même de gens de droite (sans oublier Roméro, lui-même de droite version sociale, soi-disant outé mais là n'est pas le propos). On trouvera aussi des chars des partis, ou plutôt des associations satellite : de Gay-Lib à H&S, des commissions LGBT des Verts ou du PCF à Centr'Egaux. Bien sûr on ne s'étonnera pas de n'y pas retrouver les tristes sires nationalistes, conservateurs et ultra religieux.

Au delà de la sphère politique, les syndicats (donc sauf la CFTC j'imagine) participent aussi - avec plus ou moins de tact, mais c'est à nouveau une autre histoire (cf. la gueulante de Mme Hervé).

Un évènement associatif

L'idée essentielle, et structurante, reste que la marche est organisée par le milieu associatif. L'Inter-LGBT est à la source de cette organisation. Cette inter-associative lesbienne, gaie, bi et trans, avait pour but initial justement l'organisation de la gay pride devenue marche des fiertés. Elle a d'autres buts, et on peut les trouver sur le site indiqué.

Ainsi, l' "Inter" comme on dit, permet de fédérer, et tout simplement d'organiser la manifestation pour qu'elle soit la plus cohérente. Il s'agit notamment de définir des mots d'ordre communs, mais aussi des règles de sécurité.

Derrière cette "inter associativité" se cachent en fait plusieurs structures - notamment, pour Paris, le Centre dont j'ai eu l'honneur d'être bénévole et même trésorier jusqu'à septembre dernier. J'ai donc vécu cette organisation de l'intérieur. Et il faut avouer quelque chose : s'il est difficile de fédérer des associations qui au delà des questions existentielles LGBT n'ont pas forcément beaucoup de points communs, il est encore plus difficile de trouver du monde pour tout organiser. Il suffit de savoir la fatigue physique et mentale dans laquelle j'étais l'an dernier pour comprendre.

Si une centaine d'association défile, chacune n'est représentée que par une dizaine à une cinquantaine de personnes, voire plus pour certaines structures - pas forcément les mêmes d'année en année d'ailleurs. Dans les cinq années passées notre gentil Centre a été représenté par une trentaine de personne, par dix ou par cinquante - alors que cinq personnes max avaient tout organisé. Cette année, pour raisons familiales, je n'ai pas participé, mais il semblerait qu'il y ait eu un peu plus de monde pour organiser - tant mieux pour elles et eux.

Les défilants associatifs sont joints, assez souvent, par des renforts, c'est notamment le cas du Centre lui-même qui regroupe d'autres associations qui n'ont pas de chars, ni moyens, ni envie peut-être. Ou certains décident directement de suivre son cortège (l'an dernier, nous avions 4 associations qui nous accompagnaient de bout en bout). Quoi qu'il en soit, on voit facilement doubler ou tripler le nombre de défilant au fur et à mesure de la marche.

Avec parfois, il faut aussi l'avouer, des personnes étrangères à nos structures voire à nos buts...

Quoi qu'il en soit, on retrouve pêle-mêle des associations à but culturel ou sportif, de soutien aux différentes populations comme des associations conviviales. Et bien sûr, la colonne vertébrale des mouvements depuis les années 80, les associations de lutte contre le SIDA et de soutien aux séropos et malades. Dont j'apprends à regret qu'elles n'attirent pas les foules, malgré un besoin de nouveau croissant... Le principe de base est celui de la visibilité, parfois qualifiée par les conservateurs, ou la ministre de la famille actuelle, de trop démonstrative. Il faut être vu et pouvoir transmettre les messages. Ici, le message de lutte contre l'homophobie, l'explication des actions, l'information d'un public qui même s'il est souvent lui-même homo, ne connaît ni les structures existantes ni les activités qui sont représentées par les associations. Je pense en particulier à celles qui ont un rôle social indéniable.

Un évènement festif

Au delà des politiques et associatifs, parfois peu différents les uns des autres, on a le côté festif. Souvent associés à des commerces, des associations peuvent utiliser les moyens de ceux-ci pour défiler - je pense notamment aux mouvements auxquels j'ai pu appartenir de façon informelle. Les commerces, des bars aux radios gay-friendly (ou anciennement identitaires, n'est-ce pas fréquence gaie) participent du côté festif et visible malgré tout. Parce qu'à nouveau le mot d'ordre est celui de la démonstration - qu'on existe et qu'on est fier de qui nous sommes, par opposition à la honte qu'on nous imposait il y a encore 20 ans.

Et forcément, quand on dit festif, on pense à deux choses : l'une qui n'existe pas en France, où justement nous ne sommes pas communautariste au sens anglo-saxon, et l'autre qui est, disons le ainsi, une part de folklore.

La première de ses choses c'est la réunion homosexuelle pour les homosexuels (je simplifie). La seule chose qui unifie, comme j'y faisais allusion, c'est le caractère LGBT. Mais une fois la marche finie, nous nous séparons. Pas de fête gigantesque, pas de meeting, hors celui du départ, rien de tout cela. La plupart de ceux qui défilent vont peut-être dîner ensemble, mais après cela, ils iront dormir. Les autres iront dans leurs lieux préférés, dans leurs diverses soirées. Pas de fête des rues, puisque la marche est ainsi faite qu'on passe mais qu'on ne s'arrête pas, même à l'arrivée - que ce soit à Bastille ou République.

Le second point, c'est le folklore, celles et ceux qui profitent, à juste titre, de la marche pour montrer les facettes que nos amis conservateurs n'aiment pas - notamment celles et ceux qui viennent en drag, par exemple. A nouveau, c'est une histoire de visibilité. On peut être étonné, ravi, sympathique vis à vis de celles et ceux qui sont à la fois visibles et cachés derrières leurs masques (je pense à une amie ingénieure chez Peugeot qui défile tout le temps en costume masculin, et masquée) Imaginez vous combien il peut être à la fois exhibitionniste, certes, mais surtout difficile de se produire ainsi pour certains ? Ce n'est pas, comme le disait une ministre italienne de la famille récente (l'actuelle, d'ailleurs), une exhibition gratuite - elle a un but, et ce but, c'est de marquer à la fois la différence et l'appartenance à la société, appartenant assumée justement parce qu'on défile "à découvert" même si c'est partiel.

Un évènement de visibilité anonyme

La plupart des gens LGBT que je connaisse participent à la marche sur les bords, ou navigue au fur et à mesure. Ils ne sont pas membres d'association, ne sont pas politiques, ne sont pas proches des commerces. Ils viennent là pour se retrouver entre eux dans l'espace public, et affirmer, d'une manière anonyme, qu'ils en sont - à la fois de la "communauté" au sens large et qu'ils sont fiers de qui ils sont. Ce sont pour ces gens là qu'il est important de reporter dans les chiffres les spectateurs. Et ces spectateurs LGBT, il y en a tout le long du chemin, et ce ne sont pas les mêmes. Peu d'entre eux ont parcouru tout le chemin du départ à l'arrivée. On n'en compte pas beaucoup au départ, surtout parce qu'il faut se "taper" les discours, et ce malgré les chœurs LGBT (petite pensée pour mon sec gen qui est membre des mélomens) On en compte beaucoup plus sur le chemin, dans certains coints (l'an dernier : angle au niveau de la station Port-Royal du RER B par exemple). Et la Bastille, je suis désolé mais elle est pleine à ras bord, quoi qu'en dise des imbéciles sur leurs sites. Il n'y a certainement pas un million de participants, en tout, mais ces gens qu'on croise et qui vous fait des petites clins d'œil quand ils vous reconnaissent, font parti de la marche des fiertés tout aussi surement que les bénévoles des associations qui conduisent les "chars" !

Un évènement populaire

C'est qu'il y en a des gens, non LGBT et pas forcément LGBT (ou proches, je pense à ceux de Contact) qui participent, à leur manière. Il suffit de voir le nombre de familles qu'on croise, et qui écoutent nos discours. Il y en avait des gens d'un certain âge qui "trouvaient ça bien" (ou drôle) - et quid des homophobes qui nous jettent quolibets ou objets (l'an passé, devant "mon" camion) ? Faut-il le rappeler, si le but est de rendre public le fait qu'être LGBT c'est normal, socialement acceptable et qu'il n'y a pas de raisons qu'on soit privés des droits de nos concitoyens hétéros (pour faire vite), c'est aussi avant tout pour la région IdF qu'on défile, pas forcément pour passer sur France 2 (même si c'est aussi important). Nous voulons qu'on se pose des questions (d'ailleurs merci France 2 pour le reportage sur les homos des champs, même si pas super top, c'était déjà ça).

Alors, au final, quand on compte, on arrive à combien ? 300 000 personnes ? 700 000 ? Suivant qui on compte, ça peut changer. Mais 35 000, non... A bon entendeur, salut.

(bon, là il est tard, 01h11 et je bosse demain...)