De façon classique, on sépare les types d'enseignants par activité et/ou par cadre.

Un professeur de classe prépa, un instituteur plutôt spécialisé en CP, un enseignant en lycée technique et un professeur-chercheur du supérieur ont un lien les uns entre les autres, celui de l'éducation, mais les formations sont nécessairement différentes - et les besoins divergent d'ailleurs assez vite. Formations, capacités, diplômes et concours. Quatre mots - attention, j'entends capacité au sens "talents" pas au sens "passerelle", la référence est assez ancienne (Napoléonienne !) - un ami d'enfance de mon père a ainsi une capacité en droit et avec ça il est allé jusqu'au doctorat en histoire du droit...

Je n'ai pas la prétention aujourd'hui d'apporter une grande réflexion à ce sujet, juste de petits points d'expérience. De la plus récente à la plus ancienne.

Récemment, mes élèves et moi nous sommes rencontrés en vu de discuter de leur avenir à moyen terme - ils soivent prévoir s'ils partent à l'étranger en 2e semestre de l'année prochaine (stage académique ou professionnel), s'ils font un stage long d'un an pendant l'année scolaire 2009-2010 ou s'ils sont tentés par le double-diplôme (i.e. master dans une des université technique du réseau TIME, dans un pays anglophone, etc.). Lors de nos discussions, deux choses sont apparues outre l'incapacité de beaucoup à se projeter dans le futur. En effet, étant le dernier rendez-vous "tutorat", j'ai posé la question fatidique : qu'avez vous pensez de votre 1ère année à l'école ? Discussion intéressante, où j'essaie dans la mesure du possible d'être neutre, tout en expliquant parfois quelques choix (notamment la diversité et donc le manque de profondeur de la majorité des cours). Les deux points ? Un niveau très varié selon les enseignants au niveau de la pédagogie et une préférence des élèves pour les classes dites "intégrées" par opposition aux amphis. En gros, ils préfèrent ces classes de 42 élèves au maximum dans une formule plus classique, rappelant le lycée.

Bon, le second sujet est assez éloigné de la question d'aujourd'hui - même s'il laisse poindre une réflexion sur le premier.

Le niveau variable en terme pédagogique des enseignants.

Certains sont ingénieurs, certains sont enseignants chercheurs, certains sont agrégés et ne font plus de recherche, certains sont surtout chercheurs. Une très grosse partie travaille dans les domaines présentés. L'école dont je parle étant un grand établissement publique à vocation généraliste, ces domaines vont des plutôt techniques (mécanique, méca flu, génie civil, génie industriel (productique, logistique...), génie des procédés (chimiques), etc.) aux traditionnels (maths, physiques) ou aux plus récents mais toujours liés à l'industrie (économie, gestion, droit) voire aux sujets en apparence déconectés (philosophie des sciences, formations "humanistes", etc. Bien. L'intérêt qu'on peut porter à une matière qui vous est présentée en cours, en travaux dirigés voire en travaux pratiques est souvent lié à la convergence de plusieurs facteurs : intérêt personnel, expérience de l'enseignant, capacités de celui-ci à se rendre intéressant. Et là, le bas blesse. Beaucoup d'enseignants n'ont ni le charisme nécessaire, ni la formation nécessaire pour rendre leur transmission de savoir ou de savoir faire sexy, comme disait mon cher directeur de thèse. C'est notamment le cas de grands chercheurs qui sont dans l'absolu intéressant mais rasoirs dans la pratique (n'appelions nous pas notre professeur de génie électrique la momie ?) A l'inverse, des chefs d'entreprise, pas forcément plus diplômés que leurs futurs élèves, pouvaient de par leur expérience et leur gnac faire paraître leur champ de compétence passionant alors que ces mêmes élèves restaient très peu attirés par le métier décrit (effet Cognont, du nom de notre prof de génie civil qui remplissait littéralement les amphis). Je sais par expérience aussi que les talents des gens grandissent - c'est mon cas : il m'a fallu du temps pour devenir réellement capable d'attirer l'attention des élèves, d'ailleurs ma dyslexie fait, étonnement, parti des éléments qui me rendent plus humain et donc intéressant à leurs yeux ! Au niveau compétence, j'ai certes augmenté techniquement mon savoir et mes approches des problèmes... j'ai surtout fini par mieux m'organiser, mieux expliquer et au final mieux rendre compte de ce que je voulais transmettre. Certains comme mes camarades Matthieu F (thermicien) ou Paul-Henry (matheux) ont toujours eu ce truc, moi pas - il m'a fallu 6 ou 7 ans pour l'acquérir en partie. A l'inverse, certains anciens profs, en plus dans des domaines pas forcément facils de prime abord, n'ont jamais amélioré leurs capacités pédagogiques... maisje ne citerai pas de noms. Surtout du côté des professeurs de langue, d'ailleurs :)

Dans un autre registre, la fameuse interview dont je parlais en introduction faisait référence à la lutte formelle ou parfois explicite entre un corps enseignant formé par la recherche (i.e. des chercheurs ou anciens chercheurs) et un autre formé par les concours (agrégation en l'occurence). Je n'étais pas du tout d'accord avec les arguments apportés par le président d'université (située rue des Ecoles...) qui descendait en flèche les profs agrégés de prépa pour des raisons soiologiques, et portait en héros les professeurs de faculté, formés par la recherche, toutjours enseignant. Je pense le débat stérile et inutile, à vrai dire. J'avoue que j'ai toujours apprécié la rigueur et le formalisme des professeurs de classes prépa, et que j'ai continué à trouver les professeurs agrégés (ATER en général) en école d'ingé - principalement parce que la jutesse de leur enseignement se prêtait admirablement bien à leur formation. En général, il s'agissait d'enseignements théoriques fondamentaux : mathématiques, sciences physiques, mécanique. A l'inverse, sur des sujets de ce type, des personnes non formées à la pédagogie se retrouvaient en situation d'échec relatif - on sentait leurs talents, on prévoyait qu'elles pourraient nous apporter quelque chose, mais on sentait aussi leur malaise, leur manque d'aptitude à la transmission du savoir. Cependant, la situation était chamboulée pour des domaines plus techniques, plus pratiques voire opérationnels !

En gros, selon ce qu'on enseigne, selon les élèves, les buts, les moyens, j'estime qu'il faut un corps enseignant adapté...

Ps : j'en ai marre, j'arrive pas à ordonner mes pensées, il fait 32°C dans mon bureau.