En fait, ce collègue est issu du monde purement universitaire. Il a eu son DEA, puis a fait sa thèse, son service militaire, son post-doc puis est entreé à la R&D où nous travaillons encore tous les deux.

Evidemment, ici, ce n'est pas la thèse qui compte (même si tout le monde n'en a pas une), ce n'est pas non plus le DEA (tout le monde en a un, par contre). Non, c'est qu'il ait suivi un parcourt "classique" DEUG, license, maîtrise, DEA anciennes formules.

Vous voyez, sur les 20 personnes actuelles de mon groupe (sans compte l'assistante), pas un seul n'est issu de la fac (je ne compte à nouveau pas le DEA). Grandes écoles, écoles d'ingénieur, même sans rapport avec notre travail : voilà l'origine de nos collègues. Pas moins de 5 centraliens (dont le chef et moi et deux centraliennes de Lyon) et 4 Ensimag, 2 ENSAE (stats), une ingénieure des ponts et chaussées... pour donner un ordre d'idée. Sur tout ce monde, la moitié a une thèse en mathématiques appliquées, mais seuls deux docteures ont travaillé en finance avant...

Bref, on est presque tous issus d'un moule similaire.

Mais ce n'est pas forcément toujours le cas. Outre le collègue dont je parle, notre ancien chef de groupe commun, devenu depuis chef de département adjoint délégué (c'est plus classe, mais c'est le même boulot), est lui aussi issu de la fac, mais avec un handicap : il a un DUT d'électrotech - puis il a suivi un chemin plus classique license, maîtrise, DEA, doctorat. C'est assez voire très rare de voir quelqu'un de son âge (37 ou 38 ans) à ce poste à responsabilité et qui en plus n'est pas issu du sérail des grandes écoles.

A vrai dire, notre chef de département déparaille aussi parmi ses semblables, et ça fait jaser - on m'a fait comprendre que s'il montait dans les échelons, certains lui seraient inaccessibles. Il n'a fait "que" Supélec. J'ai bien mis le "que" entre guillemets puisque c'est stupide.

Voyez, l'école que nous avons faite nous donne, de facto, un meilleur salaire à compétence similaire au début. Le collègue dont je parlais est rentré à la R&D avec un niveau de rémunération de 18 quand j'avais 21 - nos thèses et nos expériences professionnelles ont été valorisées à +2 pour chacun, mais j'avais une avance de +3. Avec des chefs de groupe pas obtus, il a reçu des avancements, et maintenant nous sommes au même "grade" 220 (depuis, les niveaux ont été multipliés par 10), et vus nos activités, cela me paraît normal.

Mais quand on y réfléchit bien, qu'est-ce qui a fait que j'étais pendant un temps mieux payé que lui ? Il avait même, pendant un an, plus de responsabilités que moi en pilotant le projet que j'ai depuis repris pendant qu'il passait à autre chose. A compétences égales, salaire égal. Je dirais même qu'il est plus compétent que moi car plus méticuleux et ordonné (pas vraiment des adjectifs qui me décrivent, n'est-ce pas ?), là où je suis plus audacieux que lui (un terme qui ne le décrit pas trop, lui). Quoi que... avec son futur départ pour Londres, il montre qu'il a quand même une bonne dose d'audace - et son épouse aussi : ils partent ensemble avec leurs deux filles (1 et 4 ans). Elle est prof agrégée et docteur en littérature, il lui faut donc quitter temporairement son poste et rechercher du boulot !

Enfin, bref, j'en reviens au message : compétences égales, salaire égal. Ca me rappelle quelque chose. Au fond, on peut dire que localement, il fait parti d'une minorité. Il a même cette caractéristique des minorités qui ont dû s'imposer et montrer qu'elles étaient aussi capables que les autres. Bon, on est d'accord, il avait quand même peu de chance de ne pas trouver du boulot (la spécialité math appli laisse très peu d'étudiants sur le carreau !)...

(à suivre)