Mais qu'importe, The Dreaming est un chef d'oeuvre, une pièce maîtresse de la créativité et de la fougue de Kate Bush, allié à une sensibilité grandissante, loin au delà de la simple ballade kitsch qu'est devenue Wuthering Heights... Esotériques, les titre abordent des thèmes peu usués en musuque, surtout en ce début des année 80 où la musique pop se doit d'être légère, comme le fut le Disco avant elle - new wave, synth pop, reprenne un peu ce que la musique punk a apporté. Mélanger à cela un engagement en demi teinte et vous obtenez un album comme The Dreaming mêlant musique électronique et instruments traditionnels gaëliques et aborigènes d'Australie, thèmes inspirés de l'actualité ou de lectures passées, voix retravaillées ou épurées. On parle même à propos de cet album d'une si forte densité qu'elle crée un paysage sonore unique. Mélange d'instruments, de voix, de choeurs, d'onomatopées, et de synthèses variées, ce travail peut faire peur comme il peut émerveiller... Artistiquement épuré, il sera à la base des deux faces du disque suivant, Hounds of Love/The Ninth Wave, quatre années plus tard.

Analyse titre par titre

Sat in Your Lap

Il s'agit du premier titre de l'album, justement premier single, qui dérouta à plus d'un titre. Un titre portant sur la sagesse, son acquisition et son utilisation, sur le narcissisme et l'ouverture à autrui (un thème récurrent de The Dreaming). Cette chanson est une pure folie, d'ailleurs je crois que le clip rend bien compte de cette pure folie. C'est ici dans la folie qu'on trouve la vérité, c'est dans le parcours du monde qu'on croise ce qui est et non en restant assi à ne rien faire. Certains croient que le paradis est l'enfer, certains croient que l'enfer est le paradis... et bien pour aller plus loin, pour sortir des stéréotypes, il faut bouger, sortir, vivre. Au début, la chanteuse veut rejoindre les autres quitravaille pour "lui" - le diable peut-être. A la fin, elle voyage et traverse les éléments pour se créer sa propre vision du monde, sa propre vérité, sa propre cup of wisdom.

There goes a tenner

Voilà un titre plus sage - en apparence. Récit d'un vol, placé dans le concret d'une vie, il fait ausis souvent référence à des élements de culture populaire - la prison Strange Ways, les polards ou feuilletons policiers - Cagney & Lacey notamment. Le billet de 10£ auquel on doit le titre de l'album est aussi un prétexte au flash-back et à la réflexion sur la vie des voleurs. Ancrée dans la vie réelle, ce titre utilise aussi la variation des rythmes, le ralenti, la syncope pour faire évoluer dans l'espace imaginaire les protagonistes. Jusqu'à l'accident final où les voleurs se retrouvent piégés et sortent alors des quasi automatismes à base d'avocat ou de non divulgation des complices ou motifs !

Pull out the pin

C'est la confrontation, dans la jungle vietnamienne, d'un vietcong, narrateur, et d'un soldat américain. La description physique, l'atmosphère musicale, sont opressante. L'américain, d'abord décrit comme on décrirait un porc, espèce de monstre uant qu'on tue d'une balle d'argent. Il devient cependant au fur et à mesure un être humain, doté d'une famille. Le vietcong aussi gagne en humanité, et on voit poindre son regret de devoir combattre et même tuer son ennemi - il aime la vie, phrase répétée, et répétée. Mais malgré tout il doit retirer la goupille et lancer la grenade... C'est une vision peu habituelle pour une oeuvre de l'ouest - se mettre à la place de l'ennemis et le rendre humain. Alors qu'il chasse, qu'il se rend invisible dans son environnement, on le sent qui observe l'américain, et qui, petit à petit le comprend. Mais l'esprit de guerre reprend le dessus, ou tente de le faire. C'est finalement une cible dont ne sait pas si elle est tuée, ou pas... Le conflit entre la vie (I love Life), la Mort (Pull out the pin), la divinité (Silver Buddah) et l'arme (Silver bullet) est au coeur du récit, tout comme l'est affrontement entre deux personnes, deux nations... un affrontement dont on ne sort que par l'anihilation de l'humain qui est en soi.

Suspended in gaffa

Rencontrer un dieu, et puis subitement ne plus être capable de renouveller l'exploit ? Voilà le sujet de Suspended in gaffa. Le titre en soi est une énigme. De quelle gaffa s'agit-il ? Du gaffa-tape, utilisé comme ruban adhésif par les ingénieurs du son ? Outre le fait que gaffa ait donné son nom au site encyclopédique sur Kate Bush, c'est aussi l'une des chansons les plus étranges de l'album. Référençant tour à tour la boîte de Pandore, le miroir aux illusions, et une certaine forme de mystique, ce titre est difficile à cerner. Le rythme lui-même est inhabituel, les intonations et les alternances marquées entre paragraphes (semi-refrains, refrains). Ceci dit, le clip tiré de la chanson est lui-même plutôt indigeste dans sa simplicité. (merci à Lewis pour la vidéo, au passage). En tout éta tde cause, ce titre me plaît, justement parce qu'il est différent, qu'il a un rythme entraînant et qu'il joue sur le registre de l'alternance pour évoquer ses problématiques : celle de la volonté d'atteindre l'absolu alors qu'on sait qu'on ne le pourra jamais ! (pour paraphraser, pour voir l'absolu de l'univers, il faut déjà en avoir en conscience)

Leave it open

Ce titre, dernier de la face A est le pendant de Get Out Of My house, dernier de la face B. Ici, l'auteur se rend compte qu'il ne faut pas se refermer sur soi et qu'une vie bien vécue ne peut l'être que partagée. La porte doit rester ouverte aux autres, à leurs influences. L'image de la porte fermée, de la grille, de la cage, et par symétrie de la liberté, de l'ouverture, apparaissent dans tout le texte. Musicalement, Bush s'est beaucoup amusée. Sa voix vocodée, muée, transmutée, évolue tout au long du titre ; les chevrotements, les piaillements, en contraste avec la voix chantée habituelle, font de ce titre une autre folie de l'album. Titre parfaitement inaccessible à la première écoute, ingras même, il ne prend de valeur qu'après l'écoute de son opposé. Ici tout n'est que joie à la réalisation que l'ouverture et la liberté de la porte ouverte peut apporter à la foix la félicité intime et sociale... tant que les limites ne sont pas forcées comme elles le sont dans Get Out of My House.

The Dreaming

La chanson titre, The Dreaming et plus précisément le Dreamtime (titre de l'instrumental sur le single), a donné son nom l'album. Il s'agit de la notion aborigène liée à la création du monde et au fait qu'en rêve on peut sy replonger. C'est un titre qui milite, à sa façon, pour la réapropriation de leurs terres par les indigènes australiens, et plus que leurs terres, leurs rêves et leur culture. Le thème inspirera aussi d'ailleurs un ami de Kate, Peter Gabriel pour son titre Don't break this rythm, en face B de Sledgehammer. L'idée est que partout où l'on regarde, il existe une réalité intrinsèque qui nous échappe, mais qui reste connue des indigènes, justement, ceux qui étaient là avant la colonisation par les blancs. Ce n'est que par accident que l'on peut se rapprocher de cette nature et s'en rendre compte... l'ouverture de l'esprit est alors coterminale à la blessure physique - nécessaire à l'enlightment. Le titre reste un appel à la tollérance et au respect des cultures indigènes bafouée par notre culture.

Night of the Swallow

TBD

All The Love

TBD

Houddini

TBD

Get Out Of My House

Contrairement à ce que la plupart des gens croient, Bush est plus influée par le cinéma que par la littérature pour certains de ses titres, citons Wuthering Heights, La mariée était en noir (pour The Wedding List), et ici même The Shining de Kubrick. Inspirée en partie par le film, Kate Bush y retranscriptit d'un cauchemar éveillé. Le côté obscur de Leave it open. Là où l'influence extérieure était bénéfique, ici c'est la folie intérieure qui décalle tout et force à tout perdre, son équilibre mental, sa santé, son humanité. On peut même parler d'une certaine forme de viol (no stranger's feet will enter me) voire de castration dans ce titre (I change into a mule).

Violent, ce titre l'est bien par les paroles sous-entendue, par le contraste entre la naratrice, la concierge (voix à nouveau vocodée, transformée) faussement protectrice, par le diable personnifié par l'étranger. La violence est plus encore exacerbée par le choix des instruments - guitares puissantes et stridantes, caisses réverbérantes, et par les backing vocals, qui donne cette impression d'impuissance face à un avenir funeste (juste après la joute verbale, à force de métamorphose, opposant hommes et femmes). Incompréhension entre les sexes, violences des hommes faites aux femmes, folie furieuse aussi. Jamais une telle énergie négative, destructrice n'avait imprégné un titre de Kate Bush ainsi - et aucun titre par la suite ne reprendra une telle hargne !

Tracklisting

Face A

  1. Sat in your lap
  2. There goes a tenner
  3. Pull out the pin
  4. Suspended in Gaffa
  5. Leave it open

Face B

  1. The Dreaming
  2. Night of the Swallow
  3. All the Love
  4. Houddini
  5. Get Out Of My House