Affaire Rimbaud


(H.F. THIEFAINE in Météo Für Nada)

La jambe de Rimbaud
De retour à Marseille
Comme un affreux cargo
Chargé d'étrons vermeils
Dérive en immondices
A travers les égouts
La beauté fut assise
Un soir sur ce genou

Horreur Harar Arthur
Et tu l'as injuriée
Horreur Harar Arthur
Tu l'as trouvée amère, la beauté ?

Une saison en enfer
Foudroie l'Abyssinie
O sorcière ô misère
O haine ô guerre voici
Le temps des assassins
Que tu sponsorisas
En livrant tous tes flingues
Au royaume de Choa

Horreur Harar Arthur
O Bentley ô châteaux
Horreur Harar Arthur
Quelle âme, Arthur, est sans défaut ?

Les poètes aujourd'hui
Ont la farce plus tranquille
Quand ils chantent au profit
Des derniers Danâkil
Juste une affaire d'honneur
Mouillée de quelques larmes
C'est quand même un des leurs
Qui fournissait les armes

Horreur Harar Arthur
T'es vraiment d'outre-tombe
Horreur Harar Arthur
Et pas de commission
Horreur Harar Arthur
Et pas de cresson bleu
Horreur Harar Arthur
Où la lumière pleut


A noter un phénomène assez récurrent. Rimaud, comme Verlaine, n'était pas homosexuel, on pourrait dire bisexuel d'une certaine façon. La sexualité de l'auteur ne se limitait donc pas à ce qu'on a reconnu de lui, mais il est évident que la relation entre les deux hommes a marqué la production de l'un comme de l'autre - Une saison en enfer, qui suit directement la séparation (emprisonnement de Verlaine en Belgique). Ceci dit, donc, Rimaud a aussi bien eu des amants que des maîtresses, notamment quand il était, dirons-nous, commerçant en Afrique.Je me suis retrouvé à lire un biographie de Rimbaud (après justement la période créatrice poétique) où le biographe citait surtout les maîtresses, ne parlait pas des amants (dont on sait qu'ils ont existé grâce à un ami/confident de Rimaud, un prêtre à qui l'on doit la conservation d'oeuvres d'ailleurs). Et quand le biographe parle de Verlaine, c'est d'un ami, jamais d'un amant - comment taire l'existence d'une relation homosexuelle... Evidemment, la biographie date des années 50, il était alors déjà peu concevable de parler des poètes "maudits" (Verlaine, Baudelaire,, etc.), mais citer leurs déviances, alors là, c'était trop - d'où le recours aux maîtresses pour cacher ce qu'on n'ose montrer :)