Quoi qu'il en soit, la morale d'une société est un de ses ciments. Cette morale peut-elle prendre plusieurs formes ? Les morales de sociétés distinctes sont elles compatibles ? Et dans une société recomposée, les morales sont elles miscibles les unes dans les autres ? Je ne parlerai pas de choc des civilisation mais de problématique de comparaisons des références, justement.

Nous sommes forcément confrontés aux bases de la morale du pays ou de la région d'où nous provenons. Nous héritons dès l'enfance de fondements moraux, souvent religieux ou humanistes/laïcs, imposés par nos entourages. Nous fondons alors nos visions des rapports d'autrui sur nos propres conceptions et regardons en superpositions celles des autres. Le relatif nous dit si nous acceptons ou pas les vues des autres comme compatibles ou pas.

Le problème essentiel est que la morale, ou plus précisemment ce qu'on admet comme système de bases associées, reste extrêmement relative, et ni plus ni moins qu'avant. Ce sont simplement les expressions de ces bases qui sont plus ou moins visibles dans la société.

Prenons un président au hasard qui met en avant sa conception de la morale directement issue d'une vision religieuse. Outre le fait que ce président ait des visions de la laïcité qui changent drastiquement avec tout ce qui se fait depuis plus de 102 ans, il ne fait qu'exprimer ce qu'une partie de la population qui le soutient ressent. Sans parler d'expression tout haut de ce que pense les autres tout bas, ce dont je le soupçonne, c'est surtout une formidable duperie quant à sa mission de représentant d'une nation qui a donné lieu aux lumières.

Cette société mis en place une justice laïque et humaniste qui tentait de s'améliorer. Parce que, justement, la validation de la morale de la société, ce qui est acceptable par elle, se retrouve directement dans la justice. Là où la qualité d'une morale s'évalue est la place qui est faite entre la revanche et la justice. Prendre en compte la nécessité de justice de la société d'une part et des victimes, d'autre part, est une chose louable. Forcer les choses à tout prix ne l'est pas et lorgne dangereusement du côté de la vengeance - dont le pire exemple reste la peine capitale. La morale laïque républicaine s'est même dotée, en son plus brillant moment, d'un recours exceptionnel contre ladite peine : son refus est inscrit dans le texte fondamental et fondateur.

Ce petit couplet sur la justice n'est pas un hasard. On parle depuis quelques temps de la propension de Nicolas S de venter les religions. Outre un coup politique, c'est aussi une conception très différente de la morale qui est mise en exergue par les discours de notre omniprésident. Ce qu'on regrette, c'est justement la place grandissante que la partie moralisatrice (cf. religieuse) prend dans le discours d'un président dont la vision de la justice préventive est tout entière placée dans une violence des mots, des actes et des faits. Certes, les acteurs politiques ont influer, dans un sens (amendement "ADN", lois sur les récidives et autre cadeau bonux en sortie de peine) comme dans l'autre (la nouvelle police de proximité réinstituée). Il n'est pas seul.

Le problème, c'est que justement, s'il n'est pas seul, il est surtout entouré de personne qui vont en son sens et qu'il rejette toute idée contraire à ce qu'il veut - le discours à sens unique est sa raison d'être. On peut craindre que ce que nous voyons ne soit qu'un début.

Ou, comme des amis politiques, qu'il faudra cet électrochoc pour que nous revenions au pouvoir. Pour réparer ce qui aura été détruit.

Au final, il faudrait rappeler à Sarko que le progrès, ce n'est pas nécessairement de tout détruire, c'est souvent une question d'adaptation...