Bien sûr, les décès de quatre personnes plus ou moins proches n’ont rien amélioré. Raisons diverses, liées à des maladies et/ou des conditions familiales (complication dues au Sida ou grave dépression suie à un divorce annoncé). J’ai tout pris dans la gueule, j’ai fais bonne figure aux enterrements.

La période des élections m’a donné, en plus de l’intérêt que j’y portais, un coup de fouet : j’avais un rôle, et je m’y tenais : j’agissais selon mes motivations et jusqu’aux jours des élections j’y ai cru – en tout cas mon député a été réélu, il est même vice-président de l’Assemblée. Une fois cette poussée d’activité finie, j’ai sombré dans l’inactivité.

Enfin, inactivité n’est pas le terme adéquat. Disons plutôt que je me suis retrouvé poussé par les évènements.

Scolairement, les cours se sont terminés très tôt l’an dernier. Je n’ai eu que peu de contacts avec l’école dont le système était en plein bouleversement. Peu de contact et surtout une activité très restreinte et pas payée… avant longtemps. En soi, ce n’était pas trop un problème, mais ça s’ajoutait au reste.

Professionnellement, j’ai été complètement enseveli sous des tonnes de choses à faire, pas forcément prévues au programme. J’ai navigué pendant des mois entre mon poste normal et le siège du groupe. La sensation d’être épié, alors même que la qualité du travail que je fournissais était bien meilleure que celle que j’avais produite, me pesait. J’étais certes maître à bord, mais aussi seul sur mon projet – fabuleux chef d’un projet sans plus aucun degré de liberté. Les contraintes, je ne les aimais pas, et elles ne plaisaient d’ailleurs pas à ma hiérarchie qui me voyait partir de plus en plus souvent. Bien sûr, je ne leur disais pas non plus qu’en fait ça m’arrangeait de ne pas me retrouver seul dans ce bureau vide. Mon collègue avait été diagnostiqué cancéreux en février et je voyais, je savais que ça finirait mal. Bref.

Financièrement, l’année a été dure. Alain avait retrouvé du boulot mais dans des conditions particulières. Il ne tenait plus. Sauf qu’au lieu de suivre les conseils du juriste que je lui avais fait rencontrer, il a démissionné. Financièrement, nous ne pouvions plus tenir. De juin à octobre, mes parents ont dû nous aider tous les mois. Il faut savoir aussi qu’en même temps, je n’ai pas reçu certaines primes et que l’école, en effet, a « oublié » de me rémunérer. Faute à pas de chance.

Individuellement, l’année a été maussade. Je dirais que notre relation de couple était à un point neutre, voire mort. Bien que je n’aie pas à l’époque trop fréquenté ces demi-journées, j’ai pu au moins libérer certaines angoisses dans la sexualité grâce à de nouvelles après-midi « bears au sauna ». Loin d’être déstressantes, à l’époque, ces demi-journées me rendaient encore plus pessimiste. Je ne m’en suis rendu compte qu’après mais pendant cette période, je n’ai presque plus lu, je ne suis plus allé au ciné, je ne suis plus sorti. Faute d’argent, certes, mais aussi parce que je m’enfonçais. Je ne voyais plus mes quelques amis restant, les amants encore moins. Je vivais aussi en autarcie à la maison, Alain et moi cohabitions plus qu’autre chose – à part les séances de 15/20 minutes du dimanche après-midi, et encore. Quant à ma famille, je ne l’ai pas vu plus de deux fois en six mois.

Quand à la chose associative, la descente en enfer a été une accumulation de pressions. Pression dues au fonctionnement, à la mise en place de procédures pour rattraper les manques de mes prédécesseurs – et des instances de surveillance de nos propres financeurs, mais passons sur ces détails. La mésentente entre les deux dirigeants de l’association, la présidente et moi, avait un peu décru depuis l’arrivée de nouveaux administrateurs ; l’organisation de débats, d’activités, de la marche, devenait folle. Nous manquions de monde, et les mêmes personnes faisaient toujours les mêmes actes. Si cela convenait apparemment à la présidente, malgré ses lynchages successifs des membres qui n’en foutaient pas une (et qui sont donc partis), cela ne m’allait pas du tout. Et ce que je ressentais ne faisait qu’empirer parce que cela me mettait en porte à faux avec elle. L’histoire de la marche des fiertés où j’étais tellement sur les nerfs qu’elle a réussi à me faire pleurer est symptomatique : c’était presque moi qui avais tout organisé, qui était allé chercher le matériel, etc. et c’était donc moi qui m’étais fait engueuler. J’aurais dû mal prendre le fait qu’elle m’ait forcé à me cacher… Bref. Tout n’est pas sa faute : les travaux qu’y n’en finissaient pas sur le nouveau site (c’est bon, c’est fini, l’inauguration aura lieu mi/fin février), les dégâts dans les locaux « historiques », les problématiques de recrutement… Et puis, par contre, ce qui est vis-à-vis de moi une faute, c’est l’acharnement qu’elle a eu, volontairement ou non, à me rabaisser, à me dévaloriser. Et j’encaissais parce que je pensais qu’il le fallait pour que la structure fonctionne. Sauf qu’en juin, j’ai posé ma démission, à valeur en septembre. Parce que je n’en pouvais plus, parce que je savais aussi quelles seraient mes responsabilités en automne – et franchement, j’en avais assez. J’avais abandonné au fur et à mesure l’accueil du public, ce qui était malgré tout ma tâche préférée, j’avais laissé de côté pas mal d’activités mais j’en gardais trop. Quand cette histoire de fin de contrat de la secrétaire est arrivée, ça a été la goutte d’eau qui a tout déclenché.

Ce soir là, j’étais mal, très mal. Alain s’était déjà couché – lui aussi déprimait, mais tous les jours il se couchait à 22h00, et quand je me levais pour aller travailler il était encore couché. Souvent je revenais après 23h du fait du centre, donc on ne se voyait pas. Ce soir là, ça allait plus mal. J’avais, je le crois, le sentiment d’être abandonné. Je ne comprenais pas qu’on puisse me reprocher d’avoir signé des papiers qu’il fallait signer obligatoirement – légalement – à la fin d’un contrat de travail. Je me sentais harcelé par une présidente qui me menaçait et trouvait suspect mes affinités avec la secrétaire dont j’avais de plus signé le chèque de près de 4000€… Ce soir là, donc, j’ai voulu me prendre un calmant. Et très vite l’idée m’est venue d’avaler toute la boîte. Je l’ai fait en pleurant. J’ai écrit une lettre d’adieux à la con, demandant pardons aux miens. Quelle connerie. Je ne sais toujours pas comment je suis parvenu à dire à Alain ce que j’avais fait. Je l’ai réveillé. Il appelé les pompiers. Ils m’ont dit de ne pas m’endormir et tout ce dont je me souviens après c’est de m’être réveillé à l’hôpital. Je ne sais plus lequel. Ont suivit des journées qui me semblent toutes floues maintenant. Je sais que j’ai écrit dessus sur l’ancien blog et je pourrais retrouver tout ça.

Je sais aussi quelque chose : on m’a supprimé tout ce que je prenais sauf l’indispensable traitement prophylactique que de toute façon je ne m’administre pas moi-même. J’ai dû retourner voire une psy qui a réussi à me faire voir ce que j’occultais. Je suis allé trouver mes patrons et je leur ai expliqué le problème. J’ai pu changer mes conditions de travail. J’avais retrouvé du courage. Et puis vlan, mon collègue de bureau décède. Et vlan, je me pète la gueule dans le métro.

La dépression est repartie de plus belle. J’ai coupé les ponts avec quasiment tout le monde – le fait que le blog n’ait pas avancé n’est pas un effet de bord, c’est une décision murie. Chaque fois que j’essayais de faire quelque chose pour sortir de cet état, j’y replongeais vite.

Le fait est que j’ai vu peu d’amis autour de moi et que ça m’a fait peur. De vrais amis, je n’en ai plus ; ils sont décédés ou sont partis trop loin. Quelques proches existent encore, mais je les ai peu voir pas vus. Ma famille s’est beaucoup rapprochée de moi, même si ironiquement je ne les ai jamais aussi peu vus qu’en cette année 2007. Mon frère et sa compagne m’ont demandé d’être témoin à leur mariage en mars. Ma tante Marie-Josèphe va venir à Paris la semaine prochaine et nous dînerons ensemble. Je crois que ce dont j’ai besoin, c’est de reprendre le contrôle de ma vie, certes, mais surtout de reprendre contact avec ceux que j’ai laissé de côté.