Avec un titre semblable (Jamais pour toujours), Kate change de style.

Fondant son travail sur de nouvelles techniques - le sampling, les beat-boxes et les synthétiseurs, le troisème opus arrive au moment où la New Wave va déferler sur l'Europe. Mais c'est à nouveau avec une histoire que Kate va revenir, fondant à nouveau son succès sur la mélodie et les paroles, mais aussi, sur l'image...

Numéro un des ventes au Royaume Uni (une première pour une anglaise) et 7e en France, Never for Ever est aussi la première auto-production de Kate Bush en studio. Le nombre de musiciens, d'instrumentistes allant du folkolorique (avec Paddy Bush, son frère) aux synthétiseurs Moogs, montre la diversité qu'a voulu apporté Kate à cet album. A noter le premier titre purement instrumental, Nights Scented Stock, variation du thème de The Infant Kiss.

Bien sûr, le premier titre reste le plus connu, Babooshka, une chanson piège. L'histoire d'une femme qui, voulant vérifier la fidélité de son époux après des années de mariage, se perd au jeu comme son époux se perd dans ses filets. Historiquement le premier titre sorti utilisant le sampling (du verre se brisant), c'est aussi un titre à la très forte musicalité et au fort impact publique : le jeu des sonorité et des deux "modes" de la chanson est mis en exergue par l'utilisation de la vidéo qui reste dans nos mémoires - et un passage live qu'on trouve sur You-Tube le montre plus encore !

Mais les autres titres restent tous intéressants allant du militantisme antimilitaire (Army Dreamers dont le héros est mort au combat) et anti-nucléaire (Breathing dont la naratrice vit la bombe H au travers du corps de sa mère où elle est encore...) aux références cinématographiques (The Wedding List/La mariée était en noir, The Infant Kiss/Les innocents). Ce dernier est aussi très étonnant, le sujet portant sur une tentation pédophile féminine - expliquée par le fait que le petit garçon dont tombe amoureuse l'éducatrice est "possédé" par l'esprit d'un homme adulte. Army Dreamers pose aussi la réflexion suivante : l'armée est-elle un pis aller où les rebus de la société sont envoyés ? What could he do, should have been a, avec à chaque fois une réponse montrant qu'il ne pouvait rien faire d'autre.

Outre des chansons hommages, soit à Delius ou à un technicien mort sur scène (Blown Away), l'exostisme et le jeu existent toujours sur cet album : le jeu de la séduction très masculine du Violin (l'archet par essence masculin sur l'instrument fondamentalement féminin), on retrouve un titre à la fois drôle et tendre sur la filiation et les regrets qu'elle engendre (All We Ever Look For) ainsi qu'un regard, à nouveau sensuel, sur un pays, ici l'Egypte.

Ce qu'il faut retenir de ce disque : sa versatilité, les fenêtres qu'il ouvre, son inventivité, son énergie et sa réflexion sur un monde dont on n'est pas si sûr que Kate l'aimât telle qu'il fut...

Tracklisting

  1. Babooshka
  2. Delius (Song of Summer)
  3. Blown Away (For Bill)
  4. All We Ever Look For
  5. Egypt
  6. The Wedding List
  7. Violin
  8. The Infant Kiss
  9. Night Scented Stock
  10. Army Dreamers
  11. Breathing