Le chant militaire d'une armée défendant fièrement ses couleurs et sa toute jeune révolution, ça se comprend quand la nation reste guerrière, ancrée dans la tradition pluriséculaire de combats, victoires ou défaites, contre ses voisins tour à tour alliés et ennemis puis de nouveau alliés.

Est-ce que cela reste d'actualité ?

Rien n'est plus sûr.

L'un des problème qui naît de cet hymne, outre sa violence intrinsèque et son partenalisme assumé, réside pour moi dans la notion même d'hymne national et du lien qu'on continue à entretenir avec lui. Je parle de la représentativité du texte par rapport à la nation, justement.

L'exception culturelle demandée par nos élites artistiques, la véhémence de nos syndicalistes, le conservatismes de nos milieux religieux traditionnels ou non, tout cela marque une nation réfractaire au changement. Une nation qui n'hésite pas à décendre dans la rue pour vanter ses acquis sans se demander si d'une part il ne sont pas trop lourds à porter et si d'autre part ils ne sont pas la survivance d'un état de fait, d'un status-quo antérieur qui ne résolvait pas vraiment les questions essentielles. En ce sens, ces trois mots, aux armes citoyens correspondent toujours aux valeurs intrinsèques du conservatisme réactionnaire à la française : avant tout changement on freine allègrement des quatre fers pour se demander ensuite si le changement n'a pas de conséquences positives.

En même temps, peut-on accepter sans rien faire qu'une culture française, qu'un mode de vie solidaire (fraternel dirait notre credo), que certains des fondements mêmes qui font de la France ce qu'elle est soit modifiés au nom d'une idéologie, si majoritaire soit-elle tant qu'elle n'est pas écrasante ? Peut on accepter, justement, qu'un groupe soit écrasé par un autre, dans les mots comme dans les faits ? Si la rupture, soit disant plébiscitée par les français l'an dernier, est exigée, n'entraîne-t-elle pas aussi des déchirures quant à l'identité française ? Ou, comme le faisait remarquer un commentateur (de gauche) récemment, l'image publique n'est-elle pas devenue trop petite, la ficelle trop grosse, pour cacher qu'en fait de rupture, c'est surtout un retour en arrière en matière sociale et un pas de géant en avant dans la fracture sociale si chère à Chirac, auxquels nous assistons. en ce sens, encore, l'appel aux armes est bienvenu.

Seulement, les armes ont changé, et au lieu de baillonnettes, ce sont maintenant des baillons que nous devons affronter. Face à la démagogie d'un partie plénipotentière et d'un président assumant son double message médiatique/politique, les armes qu'il faut désormer lever sont celles d'un discours renouvelé, d'une volonté de vérité face à des chiffres, des actes et des messages qui nous semblent contraire à la dignité de la nation, de la femme et de l'homme français.

Seulement, qui, parmi nos alliés, nos représentants, nos élus, est capable de tels faits d'armes. D'armes au bout desquelles des roses sont insérées...